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TOUR DE MEDITERRANEE et MER ROUGE 2007 - 2008
Leds et feux de navigation www.mantagua.fr Le temps est catastrophique, il pleut des cordes toute la nuit, le vent oscille entre vingt cinq et trente cinq nœuds et la température ne dépasse pas les dix degrés. Nous qui avions quitté la Turquie pour aller chercher un peu plus de chaleur, on en été réduit à faire fonctionner le chauffage à l’intérieur du bateau.
La dépression tarde à passer et notre passage demain s’annonce délicat. A côté de nous le ketch de vingt cinq mètres tape dangereusement contre le quai. La veille, à la demande du gestionnaire de la marina, nous avons du changer de mouillage afin de laisser suffisamment de place à ce nouvel arrivant encombrant. Ce changement quelque peu imposé nous aura permis au final de mouiller devant l’autre angle de quai, beaucoup plus abrité du vent et du ressac permanent.
Vers dix heures trente notre pilote arrive. Il a l’air sympathique et son embonpoint est plutôt rassurant. Nous devrions avoir plus de chance que « Lumiel » dont le pilote semble aussi rigide qu’un carambar au sommet du mont blanc.
Nous quittons la marina après avoir tourné pendant quelques minutes autour de notre ancre pour la sortir de la vase « hydrocarburée » extrêmement collante. Lumiel nous suit à distance et c’est sous un vent latéral de 25 nœuds que nous entamons notre première étape.
Le pilote me laisse les commandes, ce qui n’est pas toujours le cas pour tous les pilotes qui font du zèle afin d’augmenter leur chances d’obtenir un bon bakchich.
La nuit dernière, tankers et cargos ont pu passer à la suite du convoi militaire Américain et c’est vierge de toute pression dans le rétroviseur que nous rejoignons le canal principal. Dans l’autre sens un convoi de 33 navires est annoncé. Nous aurons donc droit à un chassé-croisé : plaisanciers – gros tonnages. Nous ne tardons pas à croiser le premier navire qui est bizarrement un navire militaire Anglais. Derrière lui ont aperçoit une longue colonne de navires marchands. Les plus gros peuvent embarquer jusqu’à 6000 containeurs de 40 pieds. Le vent de travers oblige ces mastodontes d’acier à marcher en crabe et les voir se rapprocher dans cette position est tout à fait insolite pour nous qui découvrons au fur et à mesure, les particularités du canal de suez.
Tout le long du trajet, le pilote reste en contact permanent avec les autorités du canal et chaque check point doit être validé par VHF puis inscrit sur une feuille de route qu’il remplit avec soin. Il fait un froid de gueux et le vent commence tout doucement à se renforcer. Heureusement que le vent latéral ne lève aucun clapot. Umiak avance à six nœuds mais je dois pousser les régimes moteurs ce qui ne me plait guère car j’ai pour habitude de solliciter le moins possible les deux « Yanmar » de trente chevaux.
Nous ne sommes pas trop dépaysés dans le canal car nous avons pris l’habitude à Port Saint Louis du Rhône de croiser à quelques mètres, voitures et tankers. Les bords du canal sont assez profonds et nous pouvons naviguer très prés de la rive Ouest, ce qui nous protége un peu du vent dont les rafales atteignent maintenant 35 nœuds.
La navigation à voile est strictement interdite dans le canal, c’est bien dommage car si nous pouvions sortir un petit bout de notre génois, nous pourrions presque nous passer du moteur.
C’est notre premier passage du canal et notre pilote semble amusé par notre mitraillage photographique croisé entre Lumiel et Umiak.
A bâbord nous croisons une file ininterrompu de tankers tous plus gros les uns que les autres. Comme le convoi montant prévoit plus de trente navires, nous sommes assurés d’assister à un superbe spectacle.
A l’intérieur du bateau, Agnès prépare le repas de midi sous la surveillance attentive d’Omar qui a l’air d’être rassuré sur la qualité de son repas de midi.
Omar semblant prendre plaisir à piloter notre catamaran en rasant la berge. Le sondeur indique en permanence huit mètres à seulement une portée de gaffe de la rive.
Sur la rive tribord, le spectacle proposé est plus varié. Rythmé par les passages réguliers des trains des années soixante, dont la ligne aussi droite qu’un « I » jouxte le canal.
Encore plus prés de nous, les rares voitures roulent à vive allure, ralentissant seulement à l’approche des campements militaires qui surveillent on ne sait trop qui, on sait trop quoi.
Les navettes qui traversent d’une rive à l’autre arrivent avec dextérité à slalomer entre cet incessant trafic (Il passe en moyenne plus de 60 bateaux par jour dans le canal) et elles nous signalent la présence des quelques villages bien paisibles qui bordent la rive droite du canal.
Le long des berges, des gestes amicaux maintes fois répétés, montrent à quel point les Egyptiens sont naturellement accueillants.
Encore plus impressionnant que celui qui enjambe le golfe de Patras, un gigantesque pont fixe relie les deux rives. Construit en collaboration avec les Japonais sa longueur est de sept kilomètres, afin de « gommer » la pente pour les véhicules qui l’empruntent.
Le deuxième pont, plus modeste, est mobile. Entre chaque passage de convoi, il pivote sur ces axes et se referme aussitôt pour laisser passer trains et véhicules.
Nous avons donc la chance en temps que « petit navire » de pouvoir croiser un convoi et de profiter de son ouverture pour un long moment (le croisement des gros navires est strictement
interdit dans le canal pour cause de sécurité évidente : des zones d’attente ont été crées à cet effet).
Nous interrogeons Omar sur notre heure d’arrivée présumée. La réponse est sans appel, nous allons arriver de nuit à Ismaïlia.
Ismaïlia est l’étape obligatoire pour les petits navires dont la vitesse ne permet pas de traverser le canal en une seule journée. Située presque à mi-chemin, nous avons prévu d’y laisser le bateau plusieurs jours afin de visiter le Caire distant seulement d’une heure de route.
Le défi de la journée que nous nous sommes secrètement fixés, consiste donc à pouvoir naviguer à la voile dans le canal. Il va donc falloir réussir à persuader notre pilote que si nous pouvons sortir un tout petit peu de génois, nous allons immédiatement gagner deux nœuds et qu’il pourra rentrer plus vite par taxi sur Port Saïd retrouver femme et enfants.
La négociation est beaucoup plus facile que prévu. Un peu sceptique sur mon explication volontairement optimiste, il consent à nous laisser déplier un bout de génois à seule condition qu’à l’approche de chaque check point nous l’enroulions pour lui éviter tout problème avec les gardes côtes. Vraiment bonne pioche que cet Omar qui nous offrira même de son propre nescafé au lait. Il est vrai que lui ayant prêté une paire de gants en polaire pour le protéger du vent glacial, il ne pouvait en remerciement que « prendre des gants » avec notre bateau.
Nous respectons scrupuleusement sa demande et nous déplions notre génois jusqu’au premier repère (lors d’un deuxième envoi, nous réussirons à le déplier presque de moitié !!!). Le vent est toujours établi entre vingt et trente cinq nœuds et dans la minute qui suit le speedo passe à 7,5 nœuds. Petite surface, mais grosse satisfaction. Pari gagné.
Derrière nous, Stéphane va en vain essayer d’amadouer son carambar en costume « papyrus » qui se montrera inflexible sur cette faveur. Il en sera quitte pour ranger le foc qu’il avait commencé à gréer en douce.
La vitesse gagnée nous permet maintenant de soulager les moteurs et c’est au rythme des « rentrées sorties » de génois toute les quarante minutes que nous continuons notre route. Nous pourrons arriver avant la nuit dans la marina d’Ismaïlia et nous aurons réalisé une partie de notre rêve à savoir : naviguer à la voile dans le canal de suez.
Avant d’arriver à Ismaïlia, de nombreux pontons sont installés le long des berges, vestiges des tensions passées. Par ce moyen simple mais efficace, il était possible à l’armée d’installer rapidement de nombreux ponts mobiles afin de faire passer sur la rive Est du matériel militaire « lourd ».
Le contexte politique a bien heureusement quelque peu évolué et la présence militaire semble être maintenant en simple mission de surveillance des rives, même si les dernières nouvelles font état d’un renforcement très important de la surveillance à la frontière de la bande de Gaza. L’Egypte étant très préoccupée par l’envahissement soudain, massif et non contrôlé d’une partie du peuple palestinien fuyant le blocus imposé par Israël.
Bien loin de cette agitation et de ce scandale humanitaire, une île artificielle sépare en deux le canal. Une zone de mouillage et d’attente a été créée afin
d’éviter le croisement des grosses unités et limiter le risque d’accidents.
Sous le regard complaisant des ouvriers qui remontent régulièrement le sable de cet îlot désert, les navires au mouillage, attendent patiemment l’ordre d’un nouveau départ.
Nous approchons de notre première étape, le soleil couchant semble irradier les nuages et le désert. Nous croisons les derniers tankers qui eux, termineront leur remontée de nuit vers Port Saïd.
Comme nous l’avait présenté l’adorable Kito, skipper professionnel que nous avons rencontré à Port Fouad, la marina d’Ismaïlia est fort agréable.
Il est presque dix huit heures les derniers rayons de soleil illuminent la baie d’Ismaïlia, nous prenons un des énormes corps morts devant le quai de la marina et quelques minutes plus tard nous posons pour une dernière photo avec Omar.
A l’autre bout du quai une surprise nous attends : « l’Harmony 42 » que Kito convoi avec son frère vers les Seychelles est amarré à quelques mètres de nous. Nous allons prendre de ses nouvelles et il nous explique catastrophé par cette perte de temps préjudiciable, que son pilote ne voulant pas mouiller son pantalon tout neuf, ils ont du faire demi tour dans le grand lac. Lorsque des vagues de deux mètres et un fort vent de face de 35 nœuds ont commencé à entamer sa foi en Allah, le pilote égyptien a intimé à Kito l’ordre de rebrousser chemin. Le voila maintenant contraint à attendre une accalmie.
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