Dimanche 8 juin 2008

Départ de Marmaris
En remontant de Gocek nous avons fait une halte à Marmaris simplement pour accomplir les formalités douanières de sortie de territoire. Nous aurions pu effectuer les formalités à Fethiye mais il est de notoriété presque publique que les fonctionnaires de la ville ont le coup de tampon plutôt lent. Grâce à l'association Nokta, nous avons pu obtenir les papiers de sortie du bateau et de l'équipage en un temps record (à peine une heure), et en fin d'après midi deux options s'offrent à nous : Passer une nuit confortable à « Yacht Marina » puisque nous bénéficions d'un forfait au mois ou, comme la météo nous y incite, repartir sans attendre pour entamer notre remonter vers la France. Les fichiers météo récupérés sur internet à l'aide de notre antenne wi-fi que Pacôme a installée en haut du mat, montre que la fenêtre météo favorable avec des vents du sud est relativement courte. Il est donc préférable de ne pas attendre et après avoir fait un dernier plein de gasoil au tarif exorbitant de presque un euro quarante, nous quittons la baie de Marmaris et la Turquie que nous avons adoré.


La remontée jusqu'à Rhodes se fait avec des vents extrêmement changeants : situation habituelle dans cette cuvette ou les montagnes créent des couloirs de vents tourbillonnants. La navigation à la voile au « raz des cailloux » est à proscrire si vous êtes pressés. Notre route passant plus au large, nous ne serons pas trop gênés.

Au fur et à mesure que les heures passent, Agnès voit s'éloigner les derniers repères visuels qui la rassurent. Elle a une sainte horreur de ne plus voir la terre et naviguer avec les côtes en vue, même par gros temps, lui donne un sentiment bien illusoire de sécurité, même si l'on sait que les problèmes arrivent le plus souvent prés des côtes. Elle a définitivement adopté l'idée qu'il sera toujours plus aisé d'y trouver refuge .Mais on ne peut rien contre l'irrationnel et au fur et à mesure que s'éloigne la dernière partie visible de terre ottomane, son visage devient un peu plus anxieux. Comme pour se rassurer elle pose sans cesse les mêmes questions qui ont le don d'agacer au plus haut point Pacôme qui il est vrai n'est pas un critère de tolérance. Bien évidement elle n'obtient jamais la réponse escomptée.

Ce soir et certainement toute la nuit, le vent va souffler car nous avons choisi de partir au milieu de la dépression afin de toucher du vent portant jusqu'à Corinthe. Mais qui dit dépression dit vent, et qui dit vent dans les cyclades, dit aussi vagues. Le parfait cocktail pour justifier l'usage de la boite de pilules « mer calme ».
Au large de Simi, les premières rafales de vent d'Ouest - Nord Ouest sont les signes annonciateurs d'une très longue nuit pour elle.

Le couloir de vent du Dodécanèse est fidèle à sa tradition lorsqu'il s'agit de faire route au Nord, mais cette fois ci nous pouvons remonter au « prés débridé » et affronter en biais les vagues qui vont très vite atteindre les quatre à cinq mètres. C'est sous grand voile avec deux ris et le génois enroulé à cinquante pour cent que nous allons affronter les trente cinq nœuds de vent établi. Ce n'est pas la force du vent qui est gênante mais la très courte distance entre chaque vague.
Les étraves d'Umiak montent au sommet des vagues puis plongent avec détermination dans ces masses d'eau qui nous arrivent avec la régularité des directs de la grande époque de Mohamed Ali. La partie de Yoyo a commencé au grand dam d'Agnès qui préfère se retirer dans ses appartements pour se confier au tout puissant.

Le plus souvent par « lot de trois », la première vague est escaladée en douceur.........


Puis vient l'instant de la redescente..........


Pressé d'en finir avec cet adversaire insaisissable, Umiak choisi de passer au travers de la deuxième vague.


Bien callé à la barre, je prends un plaisir fou à positionner au mieux les deux étraves de notre Lavezzi 40. Dans ces conditions de navigation, il est hors de question de confier le bateau au pilote automatique qui réagit trop tard pour procurer un relatif confort à l'intérieur du bateau.

A l'intérieur du carré, le spectacle est impressionnant. C'est l'avantage du catamaran !!!!! Vous avez la primeur de ce que vous allez prendre sur la figure.
La vision en cinémascope des centaines de litres d'eau qui viennent rincer les grands « pares brise » de notre catamaran, est une attraction digne des meilleurs parcs à thèmes.


Et lorsque les plus grosses vagues décident de vous priver du spectacle voila ce que vous pouvez voir en vous trouvant bien à l'abri dans le carré. Amusant non ??


Quelquefois, même un essuie glace d'Airbus A340 n'y suffirait pas !!!

Au petit matin le vent a décidé de nous donner un peu de répit. Après six mois de pérégrinations hors de Grèce, nous retrouvons avec plaisir la beauté des lever de soleil sur les cyclades.


Après avoir soufflé jusqu'à presque quarante nœuds dans la nuit, Eole s'est lui aussi accordé un break pour la matinée en nous offrant le spectacle des premières îles grecques drapées dans un voile matinal aussi rose que diaphane.


Les chalutiers profitent de ce calme « Olympien » pour nettoyer leurs filets.


A la surface de l'eau les mouettes semblent faire du patin à glace en attendant le premier service qui ne va pas tarder à s'échapper des filets.


Nous nous étions habitués depuis de long mois à une végétation luxuriante et boisée dans les criques turques, à tel point que nous en avions presque oublié l'aridité sauvage des petites îles des cyclades. Dans ce couloir de vent où le Melthem décourage la plus part des espèces végétales, seule les plantes et arbustes les plus résistants parviennent à se hisser à la hauteur du museau des moutons et des chèvres qui n'ont pas le même régime que les bien heureuses mouettes.

Au fur et à mesure de notre progression vers le nord, de nombreuses îles inhabitées nous obligent à slalomer pour trouver la route la plus directe possible vers Corinthe. La clarté de la roche contraste avec le bleu profond de la mer qui est en ce début de matinée à plus de 22 degrés.

Fatiguée de sa longue nuit de prières et de « je vous salue marie » Agnès s'est endormie profondément sous la couette. Inconsciemment ou non, la proximité des îles doit avoir un effet positif sur son sommeil.


En fin de journée un très bon gag va nous occuper un moment. L'une de nos deux cannes se met à siffler, sonnant comme à l'accoutumé le branle bas de combat sur le bateau. Je me précipite sur la canne le temps de la donner à Baptiste pour qu'il remonte le sympathique invité qui semble avoir apprécié notre nouveau rapalas acheté à Marmaris ( il a bien fallu remplacer celui que les stupides douaniers de Kalkan nous avaient sectionné en venant roder en zodiac autour de notre bateau).
Après quelques tentatives, Baptiste déclare forfait et je reprends la canne pour tenter de remonter l'animal. Pacôme nous a rejoint, lorsque la deuxième canne se met à siffler de la même manière. Génial nous sommes tombés sur un banc de poissons et vu la tension de la canne et les efforts que je dois fournir pour mouliner, ce ne doit pas être un banc de sardines.
Dans un duo parfaitement rodé le père le fils et les deux saints d'esprit se préparent à accueillir de nouveaux invités.


Agnès au Nikon, Baptiste aux commandes moteurs, nous moulinons de concert pour au final s'apercevoir que le goulu animal qui n'est autre qu'un superbe thon rouge s'est mis dans l'idée de goûter nos deux rapalas.
Manœuvre tout à fait nouvelle pour nous que de remonter chacun de son coté le même poisson et faisant bien attention de ne pas « casser » et laisser partir notre futur carpaccio. Après quelques longues minutes de combat presque gagné d'avance, un très beau spécimen d'environ huit kilos est remonté à bord. La taille idéale pour notre congélateur.


 

Touchée dans sa grande nuit de prières par la cuillère divine, Agnès s'était mis en tête de nous concocter une petite merveille.

Comme pour parodier la maintenant célèbre réplique de Michel Galabru dans le film « Bien venu chez les ch'tis »
Agnès va nous régaler d'une recette venue du Nord et même de l'extrême Nord !!!!


NON PAS LE « CHETEMI » MAIS....... : LE « CHETENEY »
Mais oui si vous ne le saviez pas encore, Agnès (depuis quelle a rencontré Marie France à Finike) fricote avec le « Cheteney »
Et ce n'est pas nous qui nous en plaindrons.

Pacôme se met en tenue pour vider la bête et découper les filets. Quelle n'est pas la surprise de notre jeune Marmiton qui semble avoir découvert une nouvelle race de thon.
Est-ce un thon « Knackie » (voir article la dure existence des Knackies) plus communément appelé « Thon Alsachien » (Espèce très rare, fourrée à la saucisse de Strasbourg) ???? Mystère !!!! Malgré les techniques d'interrogatoires très poussées de Pacôme, il ne parlera pas et emportera avec son secret dans nos assiettes.


Le soleil est entrain de tirer sa révérence, lorsque nous arrivons devant le quai situé a proximité du bureau des autorités qui gèrent le canal. Nous sommes le seul bateau, à l'exception du bateau des gardes côtes. Nous allons pouvoir amarrer le bateau et passer une nuit au calme avant d'emprunter le canal en début de matinée.
Agnès part avec les papiers du bateau et la facture de notre passage « aller » pour régler à l'avance, notre passage.
Là......... douche froide !!!! Le responsable présent lui indique que nous ne pouvons rester à quai car nous pourrions gêner le passage d'un gros navire s'il en arrivait un. Nous devons donc aller mouiller plus loin, dans la zone d'attente située à un demi mille. Par contre,si nous le souhaitons il est possible de traverser immédiatement le canal et ceci sans surprime.


Séduit par l'idée de passer au milieu des falaises au seul éclairage des projecteurs et des étoiles, nous irons donc passer la nuit dans le port de Corinthe à la sortie du canal. Le préposé indique à Agnès de retourner au bateau et de se tenir prête à partir.
Nous attendons seulement quelques minutes le signal des autorités sur la VHF. Lorsque le feu passe au vert, le pont qui coupe le canal, et permet le passage des véhicules, s'enfonce lentement sous l'eau pour nous laisser passer. Drôle d'impression que d'assister à ce spectacle de nuit et voir disparaître sous l'eau une si grosse masse de béton et de fer.

Devant nous, majestueux dans cette lumière aux reflets d'or, le canal s'offre à nous. L'eau est aussi lisse qu'un miroir et reflète le faible éclairage des spots installés tous les cent mètres. Au dessus de nos regards émerveillés, les falaises sont encore plus impressionnantes que de jour. Tout en haut sur l'un des ponts que nous arrivons tout juste à distinguer, les quelques rares piétons nous saluent. Dans ce silence de cathédrale perturbé par le seul bruit de nos moteurs, l'écho est impressionnant. Nous goûtons avec un plaisir extrême ce moment privilégié.


Pacôme se concentre sur son pilotage, car il est difficile de bien évaluer les distances de chaque côté et le canal n'est pas très large, pour preuve : les nombreuses traces de peinture sur les falaises.


A l'aide de notre projecteur Agnès éclaire les falaises et Baptiste essaye tant bien que mal de filmer malgré la quasi obscurité environnante.


Long de seulement trois mille nautiques, le canal le plus cher du monde (lorsque l'on ramène son tarif à la distance parcourue) est bien vite passé.
Pour information : la tarification est faite en fonction de la longueur du bateau et non pas (comme à suez) en fonction de son tonnage. Malgré le prix exorbitant de cent soixante euros pour notre bateau de douze mètres, ce système de tarification avantage les catamarans pour une fois.
A peine quelques minutes plus tard, nous voila amarrés pour le reste de la nuit à l'une des rares place libre du petit port de Corinthe.

Au moment d'aller se coucher, une mauvaise surprise nous attend. En rentrant les défenses dans la pointe avant Baptiste a oublié de refermer la sécurité du panneau de pont et de l'eau est rentrée dans le coffre situé sous sa couchette. Comme dans le canal de Suez, son matelas est trempé et il faut vider non seulement sa couchette, mais l'intégralité du contenu des coffres de sa cabine. Pour une nuit calme, c'est plutôt « rapé ».

 



Grand déballage nocturne sur le bateau qui se retrouve en quelques minutes transformé à nouveau en stand de brocanteur. Heureusement que le bateau est large car une fois les coffres vidés plus aucun espace libre n'est disponible sur le bateau. Il est un peu plus d'une heure du matin quand nous finissons la première étape de nettoyage qui se poursuivra après quelques heures de repos bien méritées.

Pendant que Pacôme et Agnès partent à la recherche d'une station service ouverte le dimanche, nous continuons de rincer, sécher puis remettre en place le déballage de la veille. L'opération se poursuivra une grande partie de la journée. Hier le vent a soufflé à quarante nœuds dans le golfe de Patras et nous pensons peut-être différer notre départ si le vent ne tourne pas ou ne diminue pas. En début de soirée le vent a considérablement faibli et la météo récupérée dans un cyber café annonce un vent portant pour la prochaine journée. Ni une ni deux. Décollage immédiat pour assister au coucher de soleil en plein milieu du golfe de Corinthe.


Nous naviguerons toute la nuit à la voile accompagné par un très agréable vent portant qui nous propulse au petit matin en vue du « géantissime » pont suspendu Sur notre gauche le trafic ferroviaire et routier ont repris leur rythme de croisière..

A l'approche du pont deux dauphins viennent jouer avec nos étraves et Agnès ne se lasse toujours pas de ces parties de cache cache.

L'un deux porte des traces très visibles sur le dos. Est-ce la marque indélébile des attaques sournoises de la société de consommation ? Est-ce le dernier tatouage à la mode chez les delphinidés ?


La visite des dauphins est à peine achevée qu'un « OFNI » attire mon attention. Ce que je prends à prime abord pour une bouée de filet n'est autre qu'une énorme tortue qui nage nonchalamment entre deux eaux. Impassible et semblant ignorer le danger, elle poursuit sa route.



Mais au fait combien paye une tortue pour emprunter le canal de Corinthe ?

Toujours aussi majestueux qu'à l'aller le pont suspendu de Patras se découpe sur le dégradé de bleu que nous propose cette bien agréable journée de navigation.


Le trafic dessus et dessous est toujours aussi intense.


Et les grands pylônes de béton et d'acier sont toujours aussi gigantesque.


Situé juste au dessous du pilier Nord, l'ancien phare a été conservé.

Sous la vigilance impassible des monts qui bordent le golfe de Patras, nous laissons derrière nous énormément de bons souvenirs en mer Egée,

pendant qu'une dragueuse ambitieuse se met à courser un petit remorqueur.


Pour le repas de midi Agnès nous a préparé du riz au crabe et aux crevettes. La discussion tourne vite autour de l'équité des parts à servir. Hier Baptiste a établi un nouveau règlement sur le rationnement des cacahuettes, mais pour les grains de riz........ c'est une toute autre histoire.
Le meilleur moyen étant de pratiquer « la juste pesée », ni une ni deux, la balance électronique est apportée à table pour procéder avec tout le cérémonial qu'il convient, à la répartition équitable des grains de riz.


Moins prolifique que la veille, notre journée de pêche va se solder par la récupération à l'épuisette de la brosse du balai de pont. En voulant nettoyer on se sait trop quoi, Pacôme l'a fait tomber à l'eau et comme il est hors de question d'abandonner aux grecs un si magnifique et coopératif ustensile arraché il y a quelques mois à sa vie monotone de piliers de gondoles de grandes surfaces.
Maigre tableau de chasse, mais manœuvre de sauvetage parfaitement réussie, sans même avoir à remonter nos rapalas qui continuent inlassablement leur traque sous marine.


Nous arrivons en fin de soirée dans la dernière île grecque de notre voyage : Keffalonia
Nous avons décidé de faire une très courte halte dans le petit port de Poros pour y faire le plein de gasoil avant la grande traversée qui nous attend pour rejoindre le détroit de Messine.
Devant notre quai de nombreux camions attendent de pouvoir embarquer sur le prochain ferry en direction d'Athènes. Le brassage des hélices est tellement fort dans ce tout petit port que les hauteurs d'eau qui sont donnés sur le guide Imray sont totalement fausses. Un voilier Français arrivée après nous va en faire la cruelle expérience. En voulant se placer derrière nous, il plante sa quille dans une zone pourtant annoncée à plus de trois mètres de fond. Après quelques manœuvres pour se dégager, il fini par renoncer à rentrer et fait demi tour.
Une fois les météos récupérées, nous décidons de ne pas attendre le lendemain matin pour quitter cette charmante petite station balnéaire. Le chef du port nous prévient amicalement qu'il nous faut quitter notre place à quai avant vingt deux heures, car le dernier ferry de la journée bloque la sortie en s'accrochant à l'autre extrémité du port.
Lorsque nous quittons le quai, le ferry commence sa marche arrière. La vase soulevée par sa manœuvre nous apporte la confirmation que le trafic important est la cause de cet envasement du port.


Dans quelques instants nous allons commencer notre longue traversée de la mer Ionienne. Deux cent soixante dix mille non stop nous attendent pour rejoindre le détroit de Messine.

Par Jean-Jacques - Publié dans : Voyage - Communauté : voyages aux 4 coins du monde
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Retour à l'accueil

Calendrier

Novembre 2009
L M M J V S D
            1
2 3 4 5 6 7 8
9 10 11 12 13 14 15
16 17 18 19 20 21 22
23 24 25 26 27 28 29
30            
<< < > >>

Texte libre

LES ARTICLES PREFERES DES LECTEURS A CE JOUR:

1: PREMIERE MUTINERIE A BORD
2: LA DURE EXISTENCE DES  "KNACKIES"
3: POURQUOI NAVIGUER EN HIVER
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés