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TOUR DE MEDITERRANEE et MER ROUGE 2007 - 2008
Leds et feux de navigation www.mantagua.fr Nous quittons Poros en faisant le tour de la magnifique île de Keffalonia pour aller chercher au large les vents portants annoncés par la météo. La première nuit de navigation sera très calme, rythmée par les intermèdes « cinéma » ( merci Pacôme d'avoir emporté ta mallettes de 3000 films dvd et divix) et les rotations de quarts que nous effectuons toutes les deux heures et demi.
Le journée suivante de navigation est assez monotone, le vent est très irrégulier, ce qui ralenti notre moyenne et nous oblige de temps en temps à nous appuyer au moteur. Nous avons hâte d'apercevoir les côtes italiennes.
Un petit intermède bien sympathique va troubler pendant une petite heure le calme à bord. Fatiguées d'avoir à lutter contre le vent si loin des côtes, deux hirondelles ont décidé de faire une pose sur notre bateau. Après de nombreuses hésitations l'une d'elle finira même par venir l'intérieur de notre carré.
Lorsque nous sommes en vue des côtes de la Calabre, le vient de forcir et comme il est de secteur nord est, c'est à plus de neuf nœuds que nous approchons du port de Reggio di Calabria.
Nous arrivons de nuit est essayons en vain de trouver une place dans le minuscule port de plaisance qui jouxte le quai des ferrys. Comme personne ne vient nous demander ni proposer quoi que ce soit, nous nous amarrons pour la nuit contre le quai de la station service. Au moins nous serons sur place pour faire le plein demain matin. Il ne faut que quelques minutes à tout l'équipage pour plonger dans un profond sommeil bien mérité.
Vers sept heures du matin quelqu'un tape sur la coque d'umiak. Agnès est la plus prompte à sortir et se retrouve en face de plusieurs carabinieris qui lui indiquent
avec courtoisie mais fermeté que nous ne pourrons rester à cette place pour la matinée.
Après quelques minutes d'explications, nous sommes autorisés à rester là, le temps pour nous de faire le plein de gasoil avant de prendre la direction du détroit.
Agnès trouve sur la table du cockpit la carte de visite du légendaire Saverio chauffeur de taxi de son état, qui comme le souligne Rod Heikell est une figure de Reggio. Sur sa carte de visite, il propose une multitude de services aux plaisanciers est semble à même de solutionner toutes vos demandes. Comme il vit depuis plus de vingt ans dans cette ville, considérée encore aujourd'hui comme l'un des principaux centre de recrutement de la Cosa Nostra, il est bien évidement bien placé pour connaître une multitude de combines pour vous fournir tout ce dont vous auriez besoin.
La ville de Reggio n'est pas très belle. Détruite à la fois par les tremblements de terre et les bombardements de la dernière guerre, elle a été reconstruite sans gros efforts pour en dégager une architecture homogène. Les immeubles sont parait-il « antisismiques », en est-il de même pour les viaducs ?
De l'autre côté à seulement quelques milles de distance, la Sicile et son légendaire port de Messine lui fait face. Un impressionnant chassé croisé à lieu à toutes heures du jour et de la nuit entre les navettes et petits ferrys qui font la liaisons entre les deux rives. Dans cet étroit passage bien encombré par le chenal montant est descendant réservé au trafic des navires marchands, il faut tant bien que mal arriver à faire la route la plus directe possible sans trop se rapprocher des rives car les courants et remous y sont très forts.
Le Passage du détroit :
Passer le détroit de Messina effraie toujours un peu le plaisancier qui a un tant soit peu lu Homère. En fait, un bateau de plaisance d'une dizaine de mètres n'a guère à craindre des effets du
courant (essentiellement : tourbillons) pour peu qu'il évite de circuler à proximité immédiate des rives.
En revanche, il faudra se méfier du trafic transversal du continent vers Messina et vice-versa, extrêmement dense et du "vent du détroit" ("vento dello stretto"), qui souffle au moins 80% du
temps à 25 noeuds et plus.
Ce vent est systématiquement de secteur N et suit les rives. Il prend naissance un peu au S du Capo Pelloro (extrêmité N du détroit), s'atténue régulièrement en direction du S à partir de
l'extrêmité S du détroit (à la hauteur de Capo dell'Armi). Vers l'Est, il disparaît brutalement à peu près à la hauteur de Saline Joniche. Ce vent est particulièrement utile lors de la
descente(N/S), car il est portant et la mer est peu levée (fetch de l'ordre de 15 milles). Il permet dans une certaine mesure de contrarier l'effet du courant au S de Messina pour un bateau qui
passerait du N au S contre le courant (par 25 ou 30 nds de vent, le "montante" -courant S/N- est souvent inversé au S de Messina et ne devient sensible qu'au N de cette ville). Pour un passage
S/N, en revanche, il souffle plein debout, oblige à tirer de nombreux bords (danger du trafic transverse) et masque le bénéfice du courant au Sud de Messina. Le passage du détroit du S vers le N
n'est presque jamais une partie de plaisir et on en ressort la plupart du temps parfaitement humide.
Ce matin le vent est quasiment nul et seul le courant et les premiers tourbillons vont aiguiser notre vigilance.
Pour connaître les heures de marées, le plus simple est de prendre contact avec la "compamare Messina" (autorité maritime) pour connaître les heures de courant maximum N/S ("scendente") ou S/N ("montante") Ces heures sont données à la hauteur de Messina et il faut tenir compte du temps nécessaire pour atteindre ce point. On peut également demander l'heure des étales ("stanca") également donnée à la hauteur de Messina.
N'étant pas décidés à attendre l'étal, nous avons pris l'option plein centre du détroit et nous pourrons constater jusqu'à six nœuds de courant « nord-sud » au plus fort de notre remontée.
Nous n'aurons à nous mettre sous la dent que les maigres tourbillons de cette matinée bien calme dans cet endroit qui terrifia tant de navigateurs. Aujourd'hui le détroit le glace plus le cœur des marins, il est fort possible que les courants et tourbillons de l'époque aient été plus dangereux. Un énorme tourbillon existait réellement devant la ville de Scilla et c'est à l'occasion d'un tremblement de terre en 1783 que la topographie des lieux a été considérablement modifiée rendant le passage beaucoup moins dangereux.
Depuis l'antiquité le détroit de Messine est considéré comme un haut lieu de pêche à l'espadon.
Ce dernier dort en surface et depuis des générations, les pêcheurs locaux ont adapté leurs embarcations à la technique de pêche si particulière.
Comme les espadons passent très régulièrement dans le détroit au cours de leurs migrations, les embarcations ont été modifiées pour qu'un vigile puisse les apercevoir de loin.
Les anciens bateaux de pêche à l'espadon avaient un mat pouvant atteindre les trente mètres de haut. Une vigie installée au sommet signalait la présence du poisson aux rameurs qui se dirigeaient aux ordres. Tout à l'avant un harponneur attendait d'être à proximité de l'animal pour jouer en moins risqué le rôle du « harponneur- baleinier ».
Les bateaux actuels sont munis d'un grand mat métallique semblable à une grande antenne, haubanée de toute part. Un immense « bout dehors » bien plus long que l'embarcation elle-même et pouvant atteindre presque vingt mètres, permet au harponneur d'être très en avant de l'étrave du bateau.
Comme l'espadon dort en surface, les bateaux peuvent s'en approcher et l'homme de proue exercer sa dextérité et sa précision. Cette pêche ne se pratique que par temps calme, car on voit mal un tel bateau résister à de mauvaises conditions de mer.
Moins compliqué mais semble-t-il tout aussi efficace, un pêcheur et son fils ont préféré la méthode traditionnelle de pêche à la traîne. Le résultat semble les satisfaire, et il nous proposerons
même du poisson. Mais comme de notre côté notre congélateur est encore plein de thon, nous déclinerons l'offre.
C'est en passant devant Capo Peloro que notre regard va être attiré par une grande bande de mer frémissante, bien plus foncée et ou des vagues semblent se
former.
Nous constatons que tous les bateaux font le tour et ne traversent pas cette zone. A l'exception des plus gros comme ce paquebot dont les centaines de passagers
vont en quelques minutes réussir l'exploit de photographier des milliers de fois le même tourbillons.
Pas très accueillante, nous contournerons nous aussi cette zone pour sortir du détroit et repasser devant les hauts fonds du cap Peloro. Confortablement installée sur la plage de sable fin, un
couple d'amoureux se délecte du spectacle. Nous voyons peu à peu s'éloigner le mythique détroit si clément en cette douce matinée du mois de juin.
Il nous faut presque une demie journée de navigation à la voile pour rejoindre Lipari. Le soleil s'apprète à disparaître derrière l'île de Salina lorsque nous approchons de la baie et de la marina Pignataro ou nous avons déjà fait relâche lors de notre premier passage dans les Eoliennes.
Le lendemain matin nous retrouvons comme nous l'avions laissée il y a quelques mois la marina et la charmante petite ville coincée entre les baies de Lunga et Corta,ou vivent la majeure partie des habitants de l'île.
Comme nous sommes arrivés de nuit et que personne n'est venu nous demander quoi que ce soit, nous aurons gagné une nuit gratuite dans la marina ou le ressac continuel rend obligatoire la pose
d'amortisseur d'amarres.
Etape des routes commerciales de l'époque, l'île a très vite été habitée et les nombreuses fouilles entreprises ont mis à jours de nombreuses ruines et vestiges témoignant du passage de l'homme depuis la préhistoire jusqu'à nos jours. Vers 3000 ans avant JC les premiers colons venant du proche orient s'établirent sur l'île et firent le commerce des roches obsidiennes récupérées sur ces îles volcaniques.
Dans le vieux quartier fortifié, le musée archéologique présente des pièces uniques et une splendide collections amphores. Non loin de là le quai des Ferry et navettes rapides déverse à flot régulier touristes, mais aussi les autochtones allant ou revenant du travail.
L'eau étant un très gros problème sur l'île, un bateau citerne vient régulièrement remplir les réservoirs et cuves de stockage. La chasse au gaspi devient la règle d'or sur l'île.
Sur la plage de sable noir et de roches volcaniques, les barques de pêcheurs attendent patiemment le signal du départ, sous le regard protecteur de la petite église
dont les cloches vont nous réveiller de charmante manière.
Devant le ponton, majestueuse au milieu des maisons de pêcheurs, une très belle maison de maître attire notre attention. Transformée maintenant en maison d'hôtes, pour le plus grand bonheur des vacanciers un tantinet fortunés.
Encore plus chic et cher, contrastant avec la simplicité du décor environnant, le yacht « Oasis » fait une arrivée remarquée devant le minuscule ponton flottant.
Nullement tenté par ce palace flottant une mouette arpente les pontons à la recherche d'un embarquement ou d'une maigre pitance.
Tel un porte avion, notre ponton semble servir de train d'atterrissage à ses congénères, tandis que du haut de sa tourelle improvisée le « commandant » surveille la manœuvre.
De notre côté, le terrain de jeu est plutôt orienté football. Comme Baptiste doit réaliser pour le Cned un devoir d'art plastique dans lequel il doit imaginer un projet monumental, l'idée lui vient de réaliser son petit « Waterworld » Un peu comme dans la cité flottante du film de Kevin Cosner, il imagine un immense stade flottant sur les mers. Notre mini baby-foot acheté à Istanbul va ici trouver toute son utilité. Il colle par-dessous des bouts de mousses découpés sur la « frite » que nous avons récupérée dans un mouillage de Gocek, et me voila entrain de jouer les paparazzis sur le carré du Lavezzi pour photographier ce délire collectif.
Nous avons fait la connaissance de Fabio, skipper professionnel de la mythique école de voile de Caprera, réplique italienne de nos célèbres et vénérables « glénans ». Il a embarqué, à bord de
l'un des First 40 de la base, six élèves qui doivent sous ses ordres indiscutables et indiscutés rejoindre après quinze jours de navigations, la ville de Brindisi en mer Adriatique. A
l'occasion d'un cordial apéritif sur notre bateau ou nous goûterons plusieurs vins blancs italiens, les « bizuts » vont nous poser un nombre incroyable de questions sur notre voyage. Ils sont
impressionnés par notre trajet et le nombre de pays et îles visités.
En fin de soirée nous ferons Fabio et moi un cours de météo aux futurs navigateurs. Comme nous avons pu récupérer les météo sur internet, ils pourront voir ce qui les attends après le passage du détroit prévu pour le lendemain.
Après le départ de Fabio, nous décidons de changer de marina. Comme notre départ n'est prévu que pour le lendemain soir, nous déménageons pour aller passer la journée et la nuit sur le ponton flottant de « Porto Salvo ». Ici plusieurs familles se disputent la concession des quelques pontons aménagés en face leur lieu d'habitation. Chaque exploitant rivalise de gestes et d'appels à chaque arrivée d'un nouveau bateau espérant « piquer » le client à son voisin ami et concurrent.
Encore plus sensible au ressac que Pignataro, mais tellement plus agréable car située presque devant la ville et son quartier commerçant, nous ne regrettons pas d'avoir voulu essayer « Porto Salvo ». Moins chère et plus pratique pour faire les courses, il faut cependant savoir que l'arrivée des ferrys secoue les bateaux encore plus forts que dans la grande marina.
L'après midi sera consacré aux courses dans le grand supermarché de la ville.
Pour quitter en beauté ce merveilleux archipel, nous allons déguster d'excellentes Pizzas en regardant un match de la Coupe d'Europe de football.
Notre départ est prévu le lendemain en début d'après midi. Nous allons attaquer la plus longue traversée du voyage : Lipari - Porto Cervo en Sardaigne longue de trois cent mille nautiques.
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