Samedi 14 juin 2008

Malgré l'envie qui nous incite à rester pour profiter quelques temps de l'agréable petit village, la raison elle, nous commande de quitter Lipari pour entamer au plus vite notre remonter vers Porto Cervo situé au nord est de la Sardaigne à quelques milles des îles Lavezzi et des célèbres et souvent « remuantes » Bouches de Bonifacio. Le vent qui doit tourner dans la nuit nous est pour le moment favorable et le contour de l'île s'effectue sous voiles au plus prés de la côte la plus sauvage de l'île.


Depuis quelques années, des fermes aquatiques ont été installées afin de ne pas trop puiser sur les stocks naturels d'une zone réputée très poissonneuse.


Un peu plus au nord, ce qui pourrait passer pour un superbe glacier alpin ou la réserve nationale de crème glacée, n'est en réalité, qu'une carrière de craie à ciel ouvert.
Son exploitation semble arrêtée depuis bien longtemps. Abandonnée aux assauts répétés des vents ravageurs (qui ne sont pas qu'une légende dans les îles éoliennes) les énormes bâtiments de béton gris, donnent l'impression d'une petite ville fantôme.

La végétation sur Lipari, comme sur les autres îles formant l'archipel des Eoliennes, est soumise à rude épreuve. Ne peuvent donc s'y développer et subsister que les espèces les plus résistantes. Véritable « Triangle du vent », les récits de naufrages sont nombreux et la soudaineté des coups de vents n'est pas une légende, même si l'Odyssée y relate les difficultés de navigation rencontrées par Ulysse dans cette région.

Autant nous avions souffert lors du très fort coup de vent que nous avions essuyé lors de notre remonté vers Stromboli au mois d'Octobre, autant ce début de navigation dans le fameux triangle, s'annonce sous les hospices les plus favorables.

Au large de l'île de Salina un nombre impressionnant de filets nous obligent à une attention de tous les instants. Mais quelques minutes de relâchement et la sanction tombe immédiatement !!!! Le sifflement strident d'un de nos moulinets nous fait croire dans un premier temps à une belle prise. Mais c'est bien nous qui en réalité venons d'être « ferrés ». L'un des deux rapalas vient de s'accrocher à une paire de ridicules ballons en plastic qui signale à minima la présence de filets. Cette fois ci, hors de question d'abandonner le rapalas qui nous a si souvent rempli le congélateur. Demi tour avant que la bobine de fil ne se vide complètement et après quelques contorsions de mes équipiers pour remonter les fielleux ballons, nous récupérons notre leurre le plus capé du voyage.

En début de soirée, nous croiserons un petit chalutier entrain de remonter discrètement des filets dérivants, il foncera sur nous à plusieurs reprises, décrivant des cercles incompréhensibles avant que finissions par constater que personne n'était à la barre du navire, trop occupés à ramener à bord ce dangereux piège de nylon tant pour les poissons que pour les quilles et hélices des navires qui ont la malchance de s'y fourvoyer. Monsieur « M » du célèbre ponton C de Finike en a fait la cruelle expérience en Italie, lorsqu'en pleine nuit il s'est retrouvé pris au piège et paralysé par un filet du même type.


Nous progressons lentement vers le soleil couchant, le vent semble s'être mis en disponibilité au moins pour la nuit, preuve s'il en est une que le droit de grève dans le service public n'est pas une exclusivité Française. Malgré les nuages annonciateurs d'une prochaine renverse de vent, nous attendrons en vain aussi dépités que les banlieusards sur un quai de gare en de pareilles circonstances.

Pour conserver notre moyenne, nous allons utiliser à tour de rôles nos moteurs et c'est en compagnie d'un impressionnant festival lumineux derrière le bateau (le Nikon n'arrivera malheureusement pas à en capturer sa lumière) que nous passerons une bonne partie de la nuit. Avant d'y avoir regardé de plus prés, nous pensions qu'il s'agissait de la fluorescence du plancton qui illuminait le sillage d'Umiak.
En réalité il s'agit de bancs de méduses qui brassés par les hélices provoquent ces tourbillons lumineux.

Comme à l'habitude, j'ai pris le dernier quart de la nuit, je peux ainsi profiter de chaque lever de soleil pendant que le reste de la troupe dort sagement sous la couette. Accompagné le plus souvent du seul bruit des vagues sur les coques, j'adore être le témoin solitaire et combien privilégié de cette renaissance qui semble immuable et éternelle. J'adore ce très furtif instant ou cette énorme goûte rougeoyante se détache en une fraction de seconde de l'horizon pour y prendre son envol quotidien.

Cette journée, ou le vent brille encore par son absence, commence de la façon la plus agréable qui soit.
Un petit banc de marsouins fonce droit sur le bateau et me voila, le temps pour moi d'aller chercher mon appareil photo, au milieu de la cour de récréation de ces superbes animaux aussi joueurs qu'une bande de collégiens après un cours de mathématiques.
Semblant boutés hors de l'eau par des catapultes invisibles, certain réussissent à se projeter en l'air sur plusieurs mètres de distance.


Pas avares de prouesses techniques, ils me gratifieront des plus belles figures de style, prenant un plaisir évident à sauter hors de l'eau mais aussi à venir se frotter de temps en temps aux étraves d'Umiak Mantagua.

Même si la chorégraphie est encore perfectible, c'est sous mes encouragements nourris, qu'ils vont m'accompagner pendant une bonne partie de la matinée. Le plus souvent, dauphins ou marsouins ne restent que quelques minutes à jouer avec la coque des navires. Est-ce parce qu'il s'agit d'un multicoque que nous avons droit à programme spécial ?


En guise de bouquet final, c'est dans un parfait salto d'adieu que l'escadrille va prendre congé, me laissant pour seul souvenir les images de ces instants dont on ne se lasse jamais.

Les deux jours de traversée qui vont suivre vont être placés sous le signe des rencontres avec le monde animal marin. Sans l'avoir volontairement cherché, nous naviguons dans le couloir qu'empruntent les tortues à cette époque de migration.

Le vent étant toujours aux abonnés absents, la surface de l'eau bien plus calme nous permet de repérer de loin ces grosses taches marrons qui en se rapprochant s'avèrent être d'énormes carapaces (habitées pour une fois), nageant nonchalamment au gré du courant, se contentant de quelques brasses de temps à autre pour suivre le sens des vagues.

 

Toute la journée sera un défilé permanent de tortues de toutes les tailles que nous croiserons en faisant bien attention de ne pas trop nous rapprocher.


Les plus petites, étrangement plus farouches, plongent immédiatement lorsque nous entrons dans leur champ de vision ou de détection. Il nous sera presque impossible de les prendre en photos.
Les plus grosses quand à elles, font mine de nous ignorer et restent en surface, sans se rendre compte de leur vulnérabilité. L'une d'entre elle nous laissera entrevoir de profondes blessures sur sa carapace.


Et comme un bonheur n'arrive jamais seul, nos amis les marsouins vont nous rejoindre pour fêter ensemble ce magnifique coucher de soleil. Irradié par des reflets d'or, l'horizon nous offre le plus somptueux décor pour cette pièce en acte unique sans dialogue, avec nous pour seuls spectateurs.


Les images se passent de commentaire !!!!


Dernier jour avant d'arriver au nord de la Sardaigne. Le vent est toujours aussi peu pressé de nous rejoindre et il me faut déployer toutes mess ruses d'ancien régatier pour aller traquer la moindre risée, synonymes que quelques nœuds supplémentaires.


Peu intéressé par ce jeu du chat et de la souris, Baptiste préfère rejoindre son hamac préféré à l'avant du bateau et s'abandonner au délice du farniente et de la pose « Chips ».


Pour changer un peu Pacôme a les yeux rivés sur son ordinateur. Depuis quelques jours il s'est (sur le tard) découvert une envie d'écrire son journal de bord. Quelque chose me dit que ce n'est pas innocent et que seul quelques privilégiés en auront la primeur.


L'heure de l'apéritif étant devenu un moment sacré à bord. Je m'installe moi aussi à l'avant du bateau pour déguster un excellent Pastis en regardant passer la colonie de tortues. La voile est un sport bien fatiguant et le 51 constitue un bien agréable remontant. Et prenant à contre-pied le célèbre proverbe, je m'enivre avec joie et sans modération du plus beau des flacons que nous offre ce merveilleux théâtre vivant.

C'est en milieu d'après midi que les premiers remous à la surface de l'eau ont attiré notre attention. Insolites et surtout inconnu au catalogue des tourbillons.
A quelques centaines de mètres d'Umiak, semble roder de curieuses créatures.
Est-ce une réplique locale de Scylla monstre hideux à douze pieds et six cous qui vivait dans une grotte des falaises sud du détroit de Messine et aspirait les imprudents qui naviguaient trop prés de la côte ?

Les tourbillons se rapprochent, disparaissent, réapparaissent tantôt à droite, tantôt à gauche Est ce l'origine du son nom de baptême qui attirera tout naturellement prés de nous ce que nous identifierons bien vite comme des baleines ? Nous n'obtiendrons aucune réponse à ce sujet !!!!

Un premier spécimen va rôder autour du bateau pendant de longues minutes. Bien décidé à rester à bonne distance et tenter de lui montrer notre absence totale d'animosité, je n'hésite pas un instant à infléchir notre route dés que l'animal se rapproche un peu trop.

Etrangement, alors que nous faisons route au nord et que le trajet supposé de notre produit cosmétique ambulant doit être vers le sud, nous restons perplexe de la voir rester aux abords d'Umiak.
Le soleil même voilé et l'absence de vent contribuent à rendre l'atmosphère lourde et pesante.
Au rayon soins du corps, un deuxième congénère vient jouer les brumisateurs « modèle familial grand luxe » et nous propose à plusieurs reprises quelques échantillons de vapeur aux relents d'haleine fraîche.

Voyant notre peu d'intérêt pour sa collection personnelle, elle finit par replonger et disparaître définitivement.


Mais là ne s'arrête pas l'épisode baleines pour la journée.
Nous arrive par tribord une impressionnante "île flottante", qui bien informée des lois de la navigation entend bien faire respecter la première règle des priorités.
Comment et pourquoi refuser un tribord à une baleine ?
Ce serait un acte de pure folie. Je stoppe donc quasiment les moteurs pour la laisser passer devant nos étraves et nos moustaches peux rassurées.

Pour bien nous montrer sa supériorité, l'énorme animal reste bien visible en surface:  Le temps pour lui d'expédier cette passe d'arme avec un adversaire aussi peu vindicatif.


Sur de sa victoire incontestable et totalement incontestée de notre part, il nous salue d'une dernière figure avant de continuer sa route comme si de rien n'était.


Nous qui étions un peu frustrés de ne pas avoir vu de baleines durant tout notre voyage, voila qu'en une seule journée un inespéré trio venait nous offrir le plus beau des cadeaux de la journée.

Rassasiés d'images, nous pouvons rejoindre Porto Cervo et ses yachts de milliardaires le cœur et les yeux remplis d'images inoubliables.

C'est au beau milieu de la nuit que nous pénétrons dans la baie de Porto Cervo. Sur notre gauche la taille des bateaux est presque indécente. La dernière fois que nous sommes allés dans la marina, le portefeuille en a prit un sérieux coup au moral, il est donc hors de question d'aller y gaspiller nos précieux euros. Une zone de mouillage gratuite nous attend à l'entrée nord, et comme trois autres bateaux battants pavillon Français et quelques anglais, nous y jetons l'ancre pour quelques heures de repos bien mérités.

Demain, dernière grande étape pour retrouver notre port d'attache : La remontée de Porto Cervo jusqu'à Port Saint Louis du Rhône.

 

Par Jean-Jacques - Publié dans : Voyage - Communauté : voyages aux 4 coins du monde
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