Agnès, Pacôme, Baptiste et Jean Jacques........ une année de liberté et de découvertes
Le lendemain matin, le petit port tout engourdi semble se remettre difficilement de cette nuit agitée. Les premiers en action sont les pêcheurs qui tour à tour viennent en barque se libérer de la toile d’araignée tissée la veille pour leur propre sécurité. Le corps mort central soumis pendant plus d’une journée à l’immersion totale, commence enfin à pouvoir respirer hors de l’eau.
Nous décidons de partir en milieu d’après midi pour le nord de l’île et la grande baie d’Ormos Naousis. Si une nouvelle dépression s’installe sur les Cyclades, au moins aurons nous un abri de qualité. Avant de quitter nos amis allemands, nous prenons tous ensemble un apéritif à bord.
Siegfried et son épouse vont descendre sur la Turquie et nous aurons certainement l’occasion de les retrouver dans quelques semaines.

Cette petite navigation de quelques milles au portant, ne devait être qu’une formalité. Mais j’en avais sans le savoir encore décidé autrement et cette journée allait devenir dans quelques instants la journée de :
La « BOULETTE ROYALE »
A l’origine de ce grand moment de solitude, ma simple envie de faire un « expresso italien » à mon ami plonplon.
Mais il faut repartir de l’origine pour bien s’imprégner (ce choix de verbe n’est pas dénué d’arrière pensée).
Il y a quelques semaines, dans le marché aux puces de Palerme j’avais fait l’acquisition d’une cafetière à Moka. Ma première erreur aura été de me fier à la boite ornée d’un magnifique drapeau italien. Ce n’est que plus tard, muni de la réplique de l’ami fidèle et inséparable de Sherlock Holmes que je pourrais identifier la provenance et le lieu de fabrication de cette « bleufante » contrefaçon.
En plein milieu du verre grossissant se détachaient en plus gras que le traditionnel « made in » trois grosses lettres écrites en majuscule comme pour en souligner l’absurdité : RPC
Je pris soudainement conscience que ce RPC là (et non pas herpes est là) devait vouloir dire sans aucun doute : REPLIQUE POUR CATASTROPHE
J’aurais du me méfier des signes avant coureur de cette félonie car un premier incident maîtrisé grâce à la vigilance d’Agnès semblait vouloir nous mettre en garde. Le moka italien nous suppliait à sa façon de le traiter avec les égards dus à son rang.
Quelle erreur d’analyse !! Après l’erreur coupable du choix du fabricant voila maintenant que je faisais fi des premières mises en garde. Mais le moka est rancunier et j’allais l’apprendre à mes dépends.
Vers seize heures, alors que le clapotis des vagues berçait nos invités aussi joyeux que les passagers du Titanic dans les salons royaux, j’entrepris de solliciter et confronter dans une joute mémorable la sublime mouture italienne et le fer blanc aux yeux bridé.
C’était comme vouloir faire rouler une Lamborghini diablo sur la muraille de chine. Cohabitation impossible à réaliser, la séparation des castes et la lutte des classes étant aussi étanche pour les uns qu’utopique pour les autres.
Les dernières supplications et appels au secours des cinq cuillérées de moka, tassées sans attention particulière dans cette vulgaire bouilloire au métal de pacotille, me laissèrent de marbre. Ce qui pour le coup est un cas rare.
En moins de temps qu’il n’en faut à un soldat italien pour remonter dans la camionnette ou à un cuisinier chinois pour nettoyer une assiette, voila que se mettait à frémir les prémices d’une éruption imminente.
Nous avions quitté Pompéi, Vulcano, et Syracuse depuis plusieurs semaines et nous étions tous persuadés d’être à l’abri d’une quelconque éruption volcanique. C’était sans compter sur mon entêtement et ma distraction légendaire.
Je suis persuadé que les « soeurs Moka » avaient remarqué que le joint en caoutchouc était resté à sécher sur l’évier. Mais l’envie de vengeance devait être trop grand et leur silence complice allait précéder la plus incroyable des catastrophes maritimes de ce siècle :
Une éruption volcanique dans le carré blanc, réservé aux adultes, d’un cata aussi marrant que le fameux coussin péteur d’un chapitre précédent.
Bien peu de personnes ont pu être les témoins de la splendeur destructrice de l’Etna, du Stromboli ou du Vésuve sans en payer le prix fort. Nos amis en ont rêvé, Gigi l’a fait.
Le joint abandonné a du se tordre de rire en voyant qu’à lui seul il était capable de déclencher une catastrophe.
Voila en image le résultat de ce super « bronzai » atomique :
Dit moi gringo, il est pas bon mon café !!!!

Tout le carré va être baptisé au « café pompei » jusque dans les moindres recoins.
Dans ces moments là, une fois que l’énorme fou rire vous a quitté, vient le temps de la solitude absolu. Un rapide « instantané nippon » pour immortaliser la scène et le regard périphérique d’Agnès suffit à lui seul à vous faire regretter votre amour du café. Vous aimeriez à cet instant être aussi soluble que le Nescafé que vous détestez tant.
Plonplon semble apprécier son nouveau déguisement et les garçons ont bien du mal à garder leur sérieux. Pendant ce temps fidèle à la légendaire tactique des soldats italiens j’ai brillé par mon sens tactique à quitter le front et à me faire oublier. L’entrée dans la baie de Naousis me permettra de rester caché quelques temps derrière la barre et de méditer sur l’art de faire du café facilement comestible.
Il faudra plus de deux heures à mon « zouzou adoré » pour remettre le carré en état.
Le soir pour me faire pardonner j’invite tout le monde pour manger des Pittas sur la place du village.
Hors saison le village de Naousa est très agréable et même si quelques commerces sont fermés après la saison touristique, il est très agréable de flâner dans les étroites ruelles qui en été doivent garder la fraîcheur. Et bien entendu, de tres nombreux lieux de culte.
La grande place devant le port est un lieu convivial et calme, les oies s’y promènent en totale liberté pendant que les pécheurs nettoient leurs poissons au lavoir.
Le port de pêche semble bien calme en cette saison.
Nous sommes les seuls plaisanciers présent dans le port et Umiak est bien tranquille derrière le brise lame qui nous garanti une sécurité totale.

Je reste persuadé qu’il est préférable de séjourner dans ces îles hors saison car les contacts avec les habitants sont beaucoup plus agréables. Le lendemain nous sommes allés tous ensemble faire des courses dans le village et pour finir, nous avons passé presque une demi heure chez le boucher à discuter et à plaisanter. Au bout d’un moment, il est allé chercher une bouteille et nous a fait goûter son vin cuit. Un véritable régal !!!! Tout naturellement il m’a tendu la bouteille en me faisant comprendre que c’était un cadeau. C’est promis en rentrant je tente l’expérience avec le boucher de Manduel.

Le plus difficile dans la façon de voyager qui est la notre, c’est souvent de décider de lever les amarres et quitter sans doute trop vite des lieux et des gens agréables. Mais c’est aussi le moyen de faire de nouvelles rencontres et découvrir de nouveaux petits paradis.
Après quelques jours passés sur l’île de Paros il est maintenant temps de prendre la direction d’Ios, notre prochaine escale avant Santorin.
La descente vers Ios va être un véritable régal.
Pour commencer nous avons testé une nouvelle technique de navigation au vent arrière. Le vent n’étant assez fort pour éviter à la grand voile de claquer, nous l’affalons et établissons en ciseaux le Génois et le Genaker. Résultat probant dans le petit temps.

En fin de matinée un petit thon est venu tester notre technique de pêche familiale (Pacôme à la canne, Baptiste à la photo, Agnès et sa batterie de couteaux et moi à la gaffe, en acier, pour changer un peu !!!)

Nous aurons donc pour ce soir du thon à faire à la plancha.
Mais comme un bonheur n’arrive jamais seul, les dauphins vont nous tenir compagnie pendant une bonne heure. Cette fois « le tour opérator » a bien fait les choses, ils sont énormes, nombreux et pas farouches. Baptiste dont la technique est maintenant bien rodée se met au winch et leur prodigue une musique qui semble leur convenir.
Tout le monde s’installe à l’avant du bateau pour voir ce spectacle dont aucun marin ne peut se lasser.


Les rochers qui défendent l’entrée du port d’Ios se détachent dans le soleil couchant et c’est à la nuit tombante que nous nous amarrons sur le quai principal ou des places sont disponibles.

La visite éclair (sans jeux de mots) du village sous une pluie battante nous conduira à prendre des raccourcis à travers champs pour rejoindre le bateau
Audrey et Agnes experimentent une nouvelle technique de marche:
En début d’après midi nous allons prendre la météo dans l’agence de voyage qui propose également une salle internet remplie d’ordinateurs datant de la deuxième guerre mondiale.
Le tarif est prohibitif à moins qu’il ne s’agisse d’une facturation identique au prix de location d’un véhicule de collection. Oser proposer à sa clientèle de telles vieilleries et en plus ne pas pouvoir télécharger sur sa clef USB les fichiers météo, c’est vraiment se moquer du monde (nous en sommes réduits à photographier les pages météo).
Même les deux jeunes « pétasses » ( si, si… je persiste et signe ) qui étaient au comptoir de l’agence semblaient elles aussi avoir plus de kilomètres que les ferries de leur employeur.
Il n’en fallait pas plus pour nous décider à lever le camp au plus vite et partir en direction de Santorin.