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Agnès, Pacôme, Baptiste et Jean Jacques........ une année de liberté et de découvertes

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DE RHODES A KEKOVA

De Rhodes à Kekova :

Dimanche est le jour du départ de Jeanne Maire ma belle sœur qui depuis une semaine nous avais gentiment emmené le « beau temps Mulhousien » et une bouteille de Pastis pour faire passer la pilule. Non je plaisante, mais c’est vrai que ces derniers dix jours, nous n’avons pas été gâtés par le temps. Cela ne nous a pas empêché d’apprécier Rhodes et ses environs et de découvrir la vieille ville sous les meilleures lumières, celles des journées rythmées par les alternances de fines ondées et de rayons de soleil perspicaces.

Alors il n’en fallait pas plus qu’un magnifique ciel bleu s’établisse sur le coup de dix heures pour que nous décidions de quitter au plus vite le port de Mandraki et partir en direction de la Turquie.
Une petite heure pour faire vérifier et tamponner les papiers de sortie de Grèce et voila Umiak-Mantagua à nouveau dans son meilleur élément.

Une météo favorable avec un léger vent qui nous pousse sous grand voile et genaker, nous installons au plus vite les cannes à pêche car Steve nous a assuré de la présence de nombreux thons en cette saison sur notre trajet.

En milieu d’après midi, nous déjeunons dehors sous un magnifique soleil, et c’est en dégustant une excellente recette d’Agnès de porc au choux (la dernière fois que nous mangeons du porc avant notre arrivée en Turquie) que nos yeux émerveillés voient défiler ce spectacle grandiose et permanent des sommets enneigés de la côte Lycienne.



Et comme un bonheur n’arrive jamais seul, cette traversée va donner à Pacôme l’occasion de pécher son premier espadon. Certes il n’est pas bien grand mais c’est une première qu’il convient de saluer.

Et une nouvelle arme vient d’être inventée : L’arbadon (savant mélange d’arbalète et d’espadon). Pour des apprentis pêcheurs, notre taux de concrétisation devient des plus honorable.



Les navigations de nuit sont pour moi l’occasion de faire coïncider mes quarts avec le lever de soleil, et je ne résiste pas à vous montrer ce qui fut pour moi un grand moment de plaisir partagée avec Agnès que je n’ai pu laisser dormir: Notre premier lever de soleil Turc, à quelques milles de Kékova.




Un début de matinée tout le monde est sur le pont pour découvrir l’entrée de ce sublime et magnifique abri naturel vierge de touristes en cette saison.
Nous pénétrons dans une première baie ou le minuscule village de Kale Koy est niché au bas des remparts de la citadelle érigée par les Lyciens.




De nombreux sarcophages immergés parsèment la baie. Le plus impressionnant est d’apercevoir sous les eaux translucides une véritable ville, engloutie il y presque trois mille ans, ou tuiles, mosaïques, jarres anciennes, escaliers et murs de façades semblent figés pour l’éternité.


Ces quelques jours passés à Kekova vont nous donner l’occasion de découvrir un personnage haut en couleur et une petite famille des plus sympathique.

Lorsque nous approchons des pontons, un homme se dirige vers nous et nous invite par de grands gestes à avancer vers lui. A notre grand étonnement, il fait pivoter à l’aide d’une corde le bout du ponton qui fermait partiellement l’entrée et nous voila quelques minutes après solidement amarrés au ponton d’HASSAN restaurateur de son état et manifestement commerçant plus avisés que ces concurrents voisins.
En quelques minutes dans un « Franglais » bien maîtrisé et avec une gentillesse qui semble toute naturelle malgré le contenu du discours, Hassan nous confirme qu’il est le meilleur restaurateur de l’île et qu’il peut nous préparer immédiatement un petit déjeuner Turc.



Après vingt quatre heures de navigation, c’est devant une grande assiette de crudités que nous allons peu à peu faire sa connaissance. Natif de l’île et installé comme restaurateur depuis plus de vingt ans, Hassan est devenu une star en Allemagne depuis qu’une « bible nautique » lui a consacré tout un article dans la double page réservée à Kékova. Il nous indique fièrement avoir tourné dans trois films et revendique le titre de meilleur cuisinier autodidacte de Turquie. Les murs de la salle à manger sont remplis de photos ou le maître des lieux et bien évidement la vedette.



Les garçons piaffent d’impatience pour aller plonger dans cette baie absolument fabuleuse et nous décidons Agnès et moi d’aller visiter les alentours et voir de plus prés ce cimetière géant disséminé en pleine nature.

Le village est construit juste à côté des ruines de l’ancienne cité Lycienne et notre ballade va nous conduire au beau milieu des sarcophages qui bordent le rivage.


Les centaines de sarcophages ont tous été profanés et pillés. Renversés ou éventrés par le côté, ils sont les témoins bien involontaires de la cupidité sans limite de quelques « sans foi ni loi ».



Cette promenade au beau milieu de l’histoire nous parait complètement surnaturelle. Les habitants du village vivent le plus naturellement du monde dans ce patrimoine historique unique comme si de rien n’était, témoin cette vieille femme partie à la recherche de quelques branches de bois sec pour le chauffage de la nuit.



A notre retour, nous avons la bonne surprise de voir que Pacôme a encore débusqué un nouveau « camarade de jeu » qui va lui aussi finir dans nos assiettes. Et pendant qu’il essaye son nouveau gant de cuisine…………. Nous percevons de l’agitation au milieu du ponton.


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Bien décidé à nous faire apprécier ses talents culinaires, Hassan entreprend de sortir son casier pour nous faire choisir les cigales de mer qu’il nous fera griller ce soir.
Nous allons assister à un grand moment ou nous aurons tous les quatre beaucoup de mal à garder notre sérieux.

Si vous avez l’occasion de déambuler sur le quai sud de Bonifacio vous pourrez y voir deux grands casiers à langoustes à fleur d’eau et il vous suffirait de tendre la main pour y récupérer votre repas du soir. Ne vous y aventurez surtout pas car le propriétaire en Corse avisé veille du haut de la citadelle sur son trésor et le « 12 local » est chargé de gros sel vingt quatre heures sur vingt quatre, prêt à vous rappeler l’entrée du restaurant.

Le casier d’Hassan est quand à lui bien à l’abri des regards indiscrets sous les lattes en fin de vie du ponton et lorsqu’il décide de le sortir de l’eau pour nous faire choisir notre repas du soir, il faut plus de six paires de bras pour extirper de la vase le casier récalcitrant.
Et là, grand moment de solitude pour Hassan. Sa saison à tellement du bien marcher qu’il ne se rappelait même plus que son stock se limitait à la seule et unique cigale qui blottie au fond du casier avait commencé à hiberner dans sa solitude. Le choix allait être facile à faire…..



Mais là ne s’arrête pas le gag. Cette brave cigale, rescapée de tant et tant de repas de touristes semblait sagement endormie après avoir chanté tout l’été pour fêter la grâce temporaire maintes fois répétée.
Le grillage de la cage, aussi rouillé que le clou du spectacle, était troué sur le coté et dans un éclair de lucidité, notre supposé repas du soir décida d’aller pousser un peu plus loin sa cantonade. Hassan allait devoir improviser une nouvelle stratégie pour le repas du soir !!!!

Mais comme l’homme ne manque pas de ressources, il partit immédiatement à la pêche pour bien s’assurer de notre présence au dîner.

Vers 19 heures Hassan avait préparé le mérou qu’il venait de pêcher pour nous, et un sympathique feu de bois pour faire griller le poulpe de Pacôme.













Il faut bien reconnaître que sa recette du mérou aux oignons est réellement digne d’un grand restaurant et même si l’adition fut à l’unisson, cette soirée fera certainement partie de notre palmarès final.

Le lendemain matin, Hassan nous propose d’aller avec lui jusqu’au cimetière Musulman. Son père est décédé il y a un an et il attend la livraison d’une grande plaque en marbre pour la faire sceller. Une fois sur place nous le laissons discuter avec les artisans chargés du travail et nous en profitons pour aller visiter les ruines de l’ancienne forteresse Lycienne qui domine la baie. Au sommet de ce qui fut autrefois une citadelle imprenable, la vue sur les deux baies est splendide et nous passerons de longs moments assis sur les remparts pour assister à ce spectacle grandiose.




Le calme qui règne en cette saison dans la baie de Kékova vaut bien le petit sacrifice d’une navigation en hiver dans les eaux turques.


La générosité d’Hassan est réelle, car lorsque nous lui avons demandé s’il avait de l’eau et de l’électricité sur le quai, il a spontanément mis à notre disposition un branchement électrique directement relié à son habitation et ouvert l’arrivée d’eau qui alimente la douche d’été sur le ponton.
Comme hier, vers huit heures du matin, il vient nous apporter gracieusement deux pains frais pour le petit déjeuner et nous invite à l’accompagner en fin de matinée car il doit se rendre au grand marché de Mira afin de choisir la chèvre que chaque famille se doit d’acheter à l’occasion des repas d’une des deux fêtes majeures Turques.

La fête du sacrifice d’Abraham (Kurban Bayram) a lieu soixante sept jours après la fin du ramadam et dure quatre jours. Toute l’activité économique du pays est au ralenti durant cette période.
Le marché aux animaux donne lieu à deux jours de transactions dignes de nos maquignons et les billets passent de mains en mains après des discussions qui nous étonnent par leur calme, bien éloignées de ce que nous eu l’habitude de voir au Maroc dans les marchés pour la fête de l’aïd el kebir.



Une fois la transaction conclue il faut emporter l’animal et là…… tous les moyens sont bons, de la camionnette à la voiture en passant par le taxi.









Hassan en fin stratège attendra la fin du marché pour conclure son achat et après deux bonnes heures de tractations avec plusieurs bergers, nous le verrons régler l’équivalent de deux cent euros ce qui représente un effort financier très important pour beaucoup de familles.


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Le lendemain matin, tous les hommes du village se retrouvent à la mosquée pour le début de la grande fête. Les barques arrivent par dizaine et certains occupants doivent attendre patiemment le moment du sacrifice.




A la sortie de la mosquée, tous les jeunes doivent aller saluer les anciens et cette fête est l’occasion pour toutes les familles de se retrouver sur la grande place du village. En Turquie comme dans beaucoup de pays musulmans le respect de l’ancien n’est pas un vain mot et pour nous européens dont la priorité économique consiste à construire des mouroirs pour troisième âge, il serait bon que la nouvelle génération puisse constater de visu les liens du sang qui régissent leur code de vie. L’ancien, respectable et respecté tient une place très importante dans la famille et il ne viendrait à l’idée d’aucune famille turque de confier le grand père ou la grand-mère à une tierce personne.

Un peu à l’écart sous une tonnelle, nous avons pu assister au travail méthodique et précis du professionnel chargé de tuer, vider et dépecer les animaux.


Une fois tuée et vidée de son sang, une fine entaille est faites dans la peau au niveau de la cuisse et par ce petit orifice chaque animal sera gonflé comme une cornemuse afin de faciliter le dépeçage.



Puis vient le temps du strip-tease afin que la peau puisse être récupérée et donnée à des œuvres caritatives.


Une fois l’animal (mouton ou chèvre) complètement débitée chaque famille rentre chez elle pour préparer le repas familial. Et nous aurons une fois de plus l’occasion de vérifier le sens de l’hospitalité des turcs lorsque le chef de famille et sa jeune épouse jeune maman, nous offriront un somptueux gigot de mouton.


Connaissez vous beaucoup de gens qui spontanément offrent à des inconnus une partie importante d’un animal durement acquis ?

Ils nous ont simplement demandé de respecter la tradition et de ne pas boire d’alcool en mangeant cette viande. Nous respecterons bien évidement leur demande.

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