Agnès, Pacôme, Baptiste et Jean Jacques........ une année de liberté et de découvertes
Pendant ce temps, des fanfares « so british » défilent devant les immeubles flambants neufs et les innombrables terrasses de café ou jeunes et moins jeunes prennent plaisir à s'attabler jusqu'à l'aube. Ici tout semble se dérouler dans le calme, avec un respect de l'environnement qui contraste avec notre escapade en Egypte.
Juste devant ce charmant spectacle, un ravissant port de plaisance abrite la marina. Bien équipée de surcroît, les tarifs pratiqués sont encore extrêmement attractifs (7€/jour pour notre catamaran). Pour combien de temps encore ????
Notre tour de l'île a commencé par un passage par le cap Grekko, situé à l'extrémité est de l'île. Les criques et les falaises sont nombreuses et superbes.
Notre premier jour de visite a été consacré à la visite de Famagouste, extraordinaire citadelle militaire de plus de trois kilomètres de circonférence. Famagouste était en son temps une ville royale et le premier port de l'île ou le faste et la richesse des marchands s'étalaient au grand jour. Mais depuis, les invasions ont fait leur travail de destruction et l'odeur âcre de la tragédie flotte encore sur la ville.
- Le premier drame vécu par cette ville martyr commence en 1570. Un siège d'une année pour contenir l'envahisseur Turc laissera la ville dans un champ de ruines tant les bombardements y furent nombreux. La plupart des nombreuses églises ont réduite en lambeaux par les boulets et la mitraille. Au milieu des terrains laissés à l'abandon, les murs désolés des palais et des églises témoignent encore de la mise à sac par les trucs.
Seule la cathédrale Gothique Saint Nicolas sera partiellement épargnée, tout du moins en ce qui concerne les bombardements, car la blessure morale d'aujourd'hui est tout aussi grave :
Saint Nicolas doit se retourner sur son nuage en voyant cette somptueuse église transformée en mosquée et en entendant à heures fixes les appels lancinants du muezzin dans les infâmes hauts parleurs nasillards qui polluent la façade.
Si ce n'est pas de la récupération religieuse à bon compte, cela y ressemble très fortement !!!!
- Le second drame, à quatre siècles de distance, est pire encore:
Lors du coup d'état Grec de Juillet 1974, l'armée Turque, prenant prétexte de protéger la communauté turque de l'île, décide une occupation militaire du nord de l'île. En deux jours avec le concours de l'aviation qui bombarde la ville, Nicosie est coupée en deux. La partie la plus riche de l'île qui représente presque un tiers de la surface totale, passe sous contrôle militaire turc.
A Famagouste la tragédie du quartier de Varosha est un symbole à lui tout seul.
Les habitants furent chassés par l'envahisseur, mais contrairement à ce qui se produisit à Nicosie, les habitations et les biens ne furent ni pillés, ni saisis. Depuis maintenant une trentaine d'années Varosha, qui été en son temps la principale cité balnéaire de l'île, est ceinturée, fermée par un rideau de fer qui en interdit l'accès. Personne depuis cette date n'est entré dans ce quartier ou maisons, hôtels et lieux de villégiatures sont abandonnées et ouverts à tous les vents.
Pour rejoindre Famagouste il faut passer la ligne de démarcation turque située quelques kilomètres avant la ville. Une assurance spéciale pour le véhicule de location est obligatoire et l'on vous délivre un visa pour trois jours tamponné sur une feuille volante afin de ne pas le faire apparaître officiellement sur votre passeport (les grecs refusant l'entrée aux détenteurs de visas délivrés par « l'occupant ».
En attendant une prochaine et probable réunification de l'île, la ville de Famagouste s'est maintenant tournée vers le tourisme. Dans les ruelles de la cité, les innombrables boutiques à la mode témoignent de cette envie de concurrencer le dynamisme des villes du sud.
Non loin du quartier des commerçants, le grand port de commerce a su conserver une importante activité, pour approvisionner cet important territoire.
Comme les militaires turcs, on ne sait pour quelle raison, ne semblent pas disposer à laisser photographier les infrastructures portuaires !!!
Il m'a suffit de monter tout en haut de la tour du fort Othello, qui surplombe la ville, les squelettes des édifices médiévaux et bien évidement, la grande baie qui abrite les navires marchands.
Quelques chaluts au mouillage et une dizaine de cargos entrain de décharger d'inoffensifs containers.......... voila un secret militaire majeur extrêmement bien gardé !!!!
Par bonheur, la plus grande partie des colonnes de l'ancien gymnase sont restées en place.
Il est l'un des plus impressionnants édifices de cette nature dans tout l'Orient romain.
C'est dans cet univers de luxe et de raffinement qu'évoluaient les athlètes de la ville.
Recouvert partiellement et protégé des agressions du temps par les dunes de sable qui ont envahi la ville abandonnée,
Dégagé des sables en 1959 puis restauré, il sert aujourd'hui de lieu privilégié pour les artistiques qui s'y produisent.
Devant une foule en délire subjugée par le talent des acteurs.
Notre rendez vous à Istanbul, nous impose un timing de plus en plus serré, et il va nous falloir quitter Larnaca et son art de vivre pour entamer notre remontée sur la Turquie.
Pour nous avancer sur la route et faire une dernière escale à Paphos (ou nous retrouverons très certainement Efie notre adorable « gendarmette ») nous décidons de partir de nuit car nous avons presque quatre vingt mille nautiques à effectuer pour rejoindre Paphos.
Il va nous falloir pendant plusieurs heures observer une veille visuelle attentive, car de nombreux bateaux de pécheurs mouillent dans les eaux peu profondes qui bordent la côte et leurs feux de mouillages ne sont pas toujours très visibles.
Le vent va très vite s'établir à presque quinze nœuds par le travers, allure fort agréable pour une navigation tout en douceur portée par notre grand voile et le genaker.
"Lumiel" qui est parti devant nous, naviguera dans un couloir de vent beaucoup plus fort en passant plus au large et nous ne pourrons le rejoindre avant Paphos. Mais le plus important n'est t-il pas de naviguer à son rythme en toute sécurité.
Lorsque nous arrivons à Paphos, il y a un très fort ressac dans le tout petit port. Nous faisons un essai d'amarrage sur la seule place disponible sur le ponton qui fait face à la sortie, mais nous préférons dégager au plus vite sous peine de passer une nuit très inconfortable.
Après deux essai de mouillage à l'ancre qui n'arrive pas à accrocher totalement sur ce fond d'algues, nous préférons nous rabattre sur un corps mort nous tend les bras au milieu du port. Les douaniers nous autorisent ce mouillage jusqu'au lendemain. Lumiel a pu s'amarrer au quai après avoir balancé presque soixante mètres de chaîne.
Finalement heureuse initiative, car dans le nuit le vent va forcer et tourner au nord.
Pendant que nous faisons le bouchon au milieu du port, Stéphane doit en catastrophe intervenir car son ancre a chassée et le Feeling vient de taper sur le quai. Par bonheur une énorme bouée cylindrique est à proximité et il pourra y appuyer l'arrière du bateau pour éviter de l'endommager.
C'est jour de nettoyage à bord d'Umiak. Efie doit venir nous rejoindre à bord pour passer un moment ensemble, mais il faut avant tout nettoyer le coffre du cockpit pour le ranger avec plus de méthode. Et pour ne pas déroger aux traditions, c'est Agnès qui s'y colle.
C'est encore un peu « le chantier » sur le bateau, lorsqu' Efie, les bras chargés de friandises, monte à bord, non pas pour inspecter notre cargaison mais pour passer avec nous un long et bien agréable moment.
Avec enthousiasme et beaucoup de discernement, elle nous parlera de son île et de sa complexité politique, de sa ville, de sa famille et des particularités de son métier. Rendez vous est prix pour un prochain séjour à Paphos ou pour des retrouvailles, lorsqu'elle viendra en vacances en France.
Les différentes météos nous conseillent la prudence et de remonter au plus vite sur la Turquie avant un régime de dépression qui semble vouloir s'établir dans les prochains jours.
Comme nous devons garder une marge de sécurité pour rejoindre Istanbul, c'est en tout début de matinée que nous laissons derrière nous Paphos et sa super Gendarmette.
Cap sur Finike ou nous attend peut-être qui sait ?: le ponton C.