Agnès, Pacôme, Baptiste et Jean Jacques........ une année de liberté et de découvertes
Le soleil commence à peine à percer l'horizon lorsque nous quittons, presque à regret, la marina et la ville d'Ismaïlia dont nous garderons un excellent souvenir.
En face du panneau de « Bienvenue en Egypte » qui trône sur la berge Est du canal, un symbole fort et porteur d'espoir : A seulement quelques mètres de distance, sur le même terrain, église et mosquée réunies donnent leur meilleur exemple de cœxistence religieuse qui soit.
Le vent nous est favorable et le courant qui atteint presque deux noeuds va nous accompagner pendant plus de trois heures. En somme, des conditions idéales pour une remontée sur Port Saïd. C'est à plus de sept nœuds de moyenne que nous effectuons la première partie du trajet.
Autant à l'aller les conditions climatiques n'étaient pas idéales, autant cette fois ci, le soleil est la chaleur sont au rendez vous. Un avantage non négligeable pour refaire quelques clichés.
Nous allons devoir naviguer sur le coté ouest du canal car un convoi de trente bateaux est annoncé à contre sens et nous ne tardons pas à confronter Umiak-Mantagua aux passages en douceur des vagues qui vont nous arriver régulièrement par tribord.
Autant notre « Sergent Garcia » était une véritable catastrophe, autant Nasir se relève être un expert dans l'art de présenter le bateau dans les meilleures conditions. Il est vrai que depuis six de bons et loyaux services en temps que pilote sur le canal, il a acquis une réelle expérience. Le pilote automatique Raymarine ne lui pose également aucun problème et il l'exploite à merveille, c'est donc en toute confiance que je lui laisserais la barre jusqu'à Port Saïd car il prend beaucoup de plaisir à barrer notre catamaran.
Pour de dernier tronçon dans le canal de suez, nous avons un peu l'impression de revivre un film à l'envers, tant les points de repère de l'aller nous semblent familiers. Il faut dire que lors de notre premier passage, nous étions tellement subjugués par ce spectacle nouveau pour nous, qu'il était encore très présent dans nos esprits.
Mais loin d'être blasé, nous goûtons chaque instant avec délectation.
Et l'insolite se présente à nous sous les aspects les plus différents.
Nous connaissions l'Orient Express, nous avons fait la connaissance de l'Osaka Express !!
Un peu plus loin, le spectacle cocasse des militaires découvrant les joies des sports nautiques. Le pilote de l'engin ne savait manifestement pas comment marche et se conduit un bateau à moteur.
En passant sous l'immense pont suspendu qui enjambe le canal, nous droit à deux spectacles :
Un au dessus, ou les énormes camions citernes ressemblent à de minuscules Dynky Toys.
L'autre au dessous, ou l'Egyptien Express semble s'étirer péniblement à la vitesse d'un escargot de compétition.
Tout au long de nos différents passages dans le canal, les militaires qui nous auront adressé des saluts amicaux.
Il faut dire qu'un catamaran reste une curiosité pour pas mal d'égyptiens, notamment pour les plus jeunes.
Mais cela ne semble pas émouvoir le moins du monde les passionnés de pêches qui ont investi une partie du canal qui semble poissonneuse.
Un peu plus loin nous croiserons un bien singulier attelage. Le long du canal, sur un minuscule chemin de hallage trop étroit et trop glissant pour les animaux, ce sont les hommes qui tirent et remontent les barques à contre courant.
Fort de notre première expérience au « match aller » ou nous avions réussi à déroulé une partie de notre génois, le pari cette fois ci va consister à parvenir à dérouler intégralement non pas le génois, mais le Genaker !!!! Impossible n'est pas Umiak.
Nous disposons il est vrai d'un joker de choix en la personne de Nasir qui semble disposé à accéder à notre requête après que nous ayons croisé le convoi. Le seul hic c'est que Lumiel va bientôt nous dépasser et que nous sommes au beau milieu du convoi !!! J'ai bien peur que ne puissions avoir des photos du bateau en entier.
Extraordinaire Nasir qui bravant les interdits me demande de dérouler le Genaker afin que Marie puisse nous photographier sous voiles dans le canal, un petit exploit que bien peu de bateaux et de skippers peuvent revendiquer.
C'est parti pour quelques heures de plaisir intense !!!
Une fois les derniers tankers croisés, nous établissons définitivement le Genaker que nous porterons jusqu'à l'entrée de port Saïd.
J'en profite pour immortaliser un grand moment de la journée, la meilleure pointe de vitesse d'Umiak Mantagua dans le canal : 8,8 nœuds !!!!!
Un petit clin d'œil et un grand merci pour nos amis Christian et Vincent de la Voilerie Véga :
Le magnifique Genaker qu'ils m'ont confectionné pour ce voyage nous permet de battre notre record de vitesse dans le canal. Et je suis prêt à parier que c'est le premier Genaker de chez Vega Voiles qui "booste" dans le canal de suez !!!
Nasser prend un réel plaisir à barrer Umiak et il me demande même de le photographier sous tous les angles pour pouvoir montrer à tous ses amis qu'il est un fin barreur.
Nous allons même régater pendant quelques instant contre les pêcheurs et leur monocoque au gréement très particulier.
Lorsque nous arrivons en vue le port Saïd, une vision des plus étrange s'offre à nous :
Le Tanker Mosquée. Est ce une nouvelle version du lieu de prière mobile ?
Le canal devant port saïd et port fouad est comme à l'accoutumée très encombré. Un tanker s'est amarré sur les tonnes en attendant on ne sait trop quoi.
Navettes et remorqueurs s'en donnent à cœur joie dans cet espace restreint ou la priorité est à celui qui force le passage. Contrairement aux principes de navigation, il nous faut naviguer à contre sens pour être en relative sécurité, et il n'est pas question pour nous de musarder très longtemps dans cet incroyable capharnaüm aquatique.
Nous passons une dernière fois devant l'ancien bâtiment administratif de la ville avant de prendre le chenal de sortie et quitter cette ville si attachante qu'est Port Saïd.
Baptiste reprend sa position favorite sur le bateau et peaufine son bronzage pour ses futures conquêtes Chypriotes ou Turques.
Le vent est quasi nul, et nous ne tardons pas à croiser les derniers gazoducs installés dans les eaux territoriales Egyptiennes. L'absence de vague nous permet de passer à seulement quelques dizaines de mètres et de mieux en voir la complexité.
Solitaire dans cette ambiance feutrée, un énorme dauphin nage tranquillement autour du gazoduc, puis autour du bateau semblant prendre plaisir à nous accompagner à distance pendant quelques minutes.
Surgie de nulle part, des centaines de libellules viennent trouver asile sur le bateau. Dans les voiles, sur les filières,
dans l'annexe, sur les instruments de navigation, dans les cabines,sur l'ordinateur,
nous sommes envahis par ces charmantes bestioles qui semblent apprécier notre compagnie et que nous avons bien du mal à convaincre de trouver un autre terrain d'atterrissage.
Plus tard dans la journée nous auront droit à plusieurs survols du modèle américain de l'US NAVY, plus agressif mais tout aussi curieux, qui vérifiera que nous ne sommes pas des terroristes camouflés en inoffensifs plaisanciers. Avec leurs caméras ultra perfectionnées, je suis persuadés qu'il ont même pu vérifier si nous n'avions pas d'armes à bord et que sais je encore.
Et pour clore le chapitre sur les libellules petites et grandes, notre arrivée à Chypre sera elle aussi ponctuée par un ballet de pales et de rotors au dessus de nos têtes.
Nous allons faire une halte de quelques jours pour visiter plus en profondeur la partie Est de Chypre ainsi que la partie occupée.
La marina de Larnaca étant très sécurisée, nous pouvons y laisser le bateau sans aucun souci.
Prochain article: Chypre l'île coupée en deux