La rude existence des knackies :
La salle d’accouchement d’une Knackie n’est pas à proprement parler un lieu intime et réservé au corps médical. A la pleine lune et même dans les bas quartiers les knackies (toujours de sexe féminin) viennent au monde à la queue le leu, et les praticiens (blouse , masque, gants et toque blanche) chargés de leur venue au monde s’occupent avec zèle de leur mise en couveuse. Les contraintes budgétaires ont depuis longtemps conduit à un partage des couveuses et, à l’instar de l’ensemble des maternités de l’ancienne Union soviétique, voila nos petites merveilles au teint de porcelet pubère, désormais confrontés à la dure réalité du confinement en espace restreint. Même l’identification de ces chères progénitures a subi les contraintes économiques et le bracelet individuel a fait place à l’étiquette papier glacée qui retrace avec froideur la généalogie de ces petites merveilles.
Puis vient le temps d’une nouvelle vie.
Livrées au bon plaisir des familles qui, le week-end arrivant ont le choix entre la visite du refuge de la SPA locale ou les courses chez Carrefour, elles attendent patiemment de trouver une famille d’adoption qui voudra bien les sortir de cet univers carcéral que celui des rayons et autres gondoles de chez Hermès Métal (mais en moins chic).
Mais je m’éloigne du sujet qui me préoccupe et il est grand temps que je revienne à l’essentiel de mon propos.
Il y a depuis que nous avons fait l’avitaillement sur notre bateau, deux types bien distinct de « Knackies » Les éphémères et les persistantes.
- Les éphémères vous l’avez compris ont tôt fait de finir leurs courtes et inintéressantes existences, ornées le plus souvent d’un discret linceul couleur dijonnaise qui leur servira d’épitaphe et d’oraison funèbre au soir d’un triste repas ou l’envie de cuisiner sera totalement absente.
- Les persistantes sont elles ce que le frelon est à la guêpe, ce que le zeppelin était à la famille Montgolfier et le bon à rien: le chef d’œuvre absolu, la race supérieure.
Leur présence à bord est (à l’inverse des éphémères) tout à fait indispensable.
Fidèles au poste, dévoués corps et âme pour combattre avec courage et persévérance l’assaillant, ces soldats de l’ombre qui ne font jamais la « une » des récits de navigation oeuvrent en silence et stoïcisme.
Tant de dévotion valait bien éloge et reconnaissance.
N’est-elle pas méritoire cette « Knackie » qui tel le soldat grec devant le parlement monte la garde, imperturbable et sans réaction devant les perfides attaques des espiègles touristes.
Toujours au garde à vous lorsque qu’on la sort de ses quartiers de repos pour prendre du service, droite comme la justice, gonflée à bloc (surtout en plein soleil) elle use sans rechigner sa pourtant fine cuirasse contre l’adversité.
Rien ne lui fait peur ni ne l’impressionne. Semblable au roseau de la fable elle plie ou plutôt plisse, mais ne rompt pas devant l’ennemie pourtant bien plus fort et solide qu’elle.
Et ce n’est pas le béton armé, si cher à nos bunkers normands, qui nous contredira : Lui qui, si solide pour avoir essuyé sans sourciller, tant et tant de bombardements destructeurs, doit s’avouer vaincu devant la stratégie « poulpesque » de notre valeureuse saucisse.
C’est bien là que réside sa sublime facilité d’adaptation stratégique.
Ce « Casus Belli » qui a pour effet de faire perdre sang froid et dignité à tous ses adversaires se trouve être un modèle d’intelligence tactique que ne reniera certainement pas le génial « Casus Clay » contrairement à ce que Belli nie.
Identiques aux huit tentacules du poulpe nos huit soldats montent la garde à bord de notre catamaran, pour notre plus grande sécurité.
Deux éclaireurs en caparaçon de mousse, aussi plats que des limandes de super marché ont pour mission de s’aventurer dans les régions difficiles et comme savent si bien le faire les militaires du Génie, ils sont souvent la tête de pont d’un prochain débarquement à terre.
Six fantassins Plastimo qui ont fière allure dans leur habit de parade en maille bleu. Aussi fiers et solides que les tours de Carcassonne, ils défendent avec courage notre cité en polyester si chèrement acquise.
Ces huit combattants anonymes imposent le respect et c’est avec plaisir aujourd’hui à l’occasion de notre court séjour dans la capitale Grecque que je leur annonce ( comme le disais si bien notre cher Samuel) que la guerre de Troie ( ou plutôt la guerre du béton) n’aura pas lieu.
Nous allons bientôt lever le camp pour partir dans les Cyclades, abandonner le rugueux béton du quai de Faliron et octroyer à nos valeureuses « saucisses » une permission de quelques jours bien méritée.