Agnès, Pacôme, Baptiste et Jean Jacques........ une année de liberté et de découvertes
La météo semble favorable et malgré le fait qu’il ne faille pas trop compter en mer rouge sur des prévisions à plusieurs jours, nous décidons de partir demain matin pour rejoindre avant la nuit le principal mouillage sécurisé de l’île.
Nous prévenons les responsables de la marina de notre départ en tout début de matinée et leur confirmons notre retour dans trois jours.
Deux nouvelles expéditions à la station service pour refaire le plein de gasoil, vont encore se solder par une nouvelle « bidonnade », légitime en un pareil lieu, des serveurs en salopettes bleues. Aussi pliés en deux que mon Peugeot dans le coffre du bateau, ils recommencent leurs paris sur ma réussite ou non du premier virage. Très digne et me prêtant au jeu, je leur démontre par deux fois ma maîtrise de l’engin.
Neuf heures du matin branle bas de combat, rangement des dernières affaires qui traînent dans le cockpit, les amarres ont été passées en double pour faciliter le largage, les moteurs tournent rond, la route est tracée depuis hier soir sur Maxsea et lorsque le canot des préposés aux pendilles pointe leur nez nous pensons pouvoir quitter le quai dans les cinq minutes.
Dans son anglais aussi compréhensible qu’une bouche de bègue remplie de malabars, le chef de l’équipage nous indique que nous ne sommes pas autorisés à partir et il nous passe par VHF le responsable de la marina. Premier dialogue avec lui pour lui expliquer que nous avons en notre possession le permis de navigation pour un mois, délivré par notre fameux Sheriff. Rien n’y fait, il faut se rentre au bureau du port pour éclaircir la situation.
La dernière fois que nous sommes partis pour Tawila Island, nous avons levé le camp très tôt et personne n’est venu nous aider à libérer les pendilles. Cela n’a pas empêché le canot de la marina de nous rejoindre à l’extérieur du port pour nous questionner sur notre départ. Nous leur avions répondus que nous revenions dans deux ou trois jours et comme je n’avais manifesté aucune envie de ralentir pour de plus amples explications, ils avaient rapidement fait demi-tour.
Il semble qu’à la suite de ce premier incident les autorités aient demandé à notre Sheriff d’apporter une copie du document qui nous a été remis par ses bons soins contre un billet de cinquante euros. Comme le dit document n’a pas été produit depuis une semaine, et qu’il semble que plusieurs douaniers en civils présent dans le bureau, soient bien décidés à recevoir leur bakchich sur cette opération : La situation semble se corser.
Appel téléphonique, Francesco, le poisson pilote de Sheriff pointe son tortellini à une heure peu habituelle pour lui. Nouvelles explications et inquiétude du responsable de la marina qui semble considérer notre précieux sésame comme un vrai faux ou un faux vrai (au choix).
Un simple billet de cent pounds par bateau aurait semble t-il débloqué immédiatement la situation, mais le grand spaghetti refuse de se substituer à son patron pour régler le bakchich.
Retour au bateau dans l’attente de pouvoir joindre Sheriff qui est soit disant dans l’avion entre le Caire et Hurghada ( la suite nous prouvera qu'il était simplement en face dans un autre bateau !!! et que le spaghetti nous a lui aussi monté un bateau). La tension monte à l’intérieur d’Umiak et Francesco est pris sous le feu croisé des deux capitaines et d’Agnès qui le matraque de question plus embarrassantes les une que les autres. J’en viens même à me demander pourquoi les interrogatoires policiers ne sont pas effectués par des femmes !!!!
Difficile exercice pour Francesco de couvrir son patron et de tenter de nous expliquer qu’ici c’est différent, que les choses ne sont pas aussi simples qu’en Europe (ça on avait déjà pigé) et que le vrai faux et aussi valable qu’un faux vrai mais que nous aurions du prévenir Sheriff la veille de notre départ et non pas les autorités. Et bien pardi !!! La voila la faille !!!
Peu décidé à partager avec tous les douaniers la part du double gâteau au sésame à cinquante euros, Sheriff préfère négocier en douce nos escapades avec ses copains de la marina. Nous comprenons aussi que l’acteur local, jusqu’alors exclusif, (Fantasia Agency) ne serait pas non plus étranger à cette situation, car il supporterait assez mal la présence récente de l’agence de Sheriff, signifiant pour lui la fin de son monopole sur la marina.
Guerre des clans, guerre des bakchichs, résistance classique des Français, capitulation habituelle du drapeau italien, explications Egyptiennes claires et limpides comme à l’accoutumé. Bref tous les ingrédients d’un film à suspens.
Joint finalement au téléphone, Sheriff nous annonce sans s’étouffer que nous ne pouvons partir aujourd’hui, mais que pour demain il n’y a aucun problème, et qu’il est désolé de se léger problème. Simple comme un coup de fil !!!!
J’hésite un moment à transformer Francesco en Bolognaise ou en Pesto pour notre prochaine soirée pâtes, et je lui indique le plus calmement possible que nous perdons une journée de navigation dans des conditions favorables, que Sophie (l’amie des Lumiel) n’est pas venue de France pour faire un séjour dans la marina et que si l’on ne peut lever le camp aujourd’hui je vais aller faire examiner mon permis de navigation « made in Sheriff » au bureau général des douanes de Safaga !!!
Voyant que la situation risque de lui échapper, il rappelle à nouveau son employeur et lui explique que nous voulons absolument partir aujourd’hui. Nouveaux palabres Italo-Anglo-Arabe. Francesco m’indique que nous pourrons peut-être partir vers deux heures de l’après midi et qu’il nous contactera par téléphone dés que nous aurons l’autorisation de quitter la marina.
Quelques minutes plus tard, nous voyons s’éloigner du port une vedette rapide, qui semble être un bateau des douanes. Par le plus pur des hasards, quelques instants après, coup de téléphone de Francesco qui nous indique que nous pouvons partir immédiatement si nous le souhaitons.
Ni une ni deux…………. Fin du premier épisode………….. Nous quittons au plus vite la marina avant l’arrivée éventuelle de nouveaux douaniers.
Cap sur Tawila pour une escale avant la nuit car le retard pris exclu définitivement une arrivée de jour dans les récifs de South Quesum.
Nous arrivons à Tawila vers seize heures, cela nous permet d’aller inaugurer nos nouveaux équipements de plongée (combinaisons pour Agnès et moi – nouvelles palmes pour les garçons).
Agnès reste dans la baie d’Endeavour pour se baigner avec les Lumiel et inaugurer son nouveau shorti. Les intimes comprendront la portée historique de cette photo.
Je n’ai pas pris mon appareil photo et je me désole des clichés qui resteront pour ma seule mémoire.
Rascasses volantes, raies, serpents de mer, murènes, mérous, Chirurgien zébré, barracudas, poissons cochers et poissons clown, cohabitent entre autres dans cet univers complexe.
Les coraux multicolores sont autant de cachettes à débusquer et il faut rester plusieurs minutes au dessus d’eux pour s’apercevoir peu à peu du nombre phénoménal d’espèces qu’ils abritent.
Pacôme et Baptiste s’en donnent à cœur joie et chaque nouvelle découverte et ponctuée de sons de tubas indéchiffrables mais tout à fait compréhensibles.
Le soleil couchant commence à irradier la surface de l’eau et après une bonne heure de ce spectacle au scénario sans cesse différent, mais toujours identique, il est temps de rentrer avant la nuit. Le ciel se mélangeait aux flots couleurs de suie, il nous fallait profiter des dernières lumières pour éviter tout danger.
Le retour donne lieu à un nouveau slalom entre les hauts fonds et nous remercions à plusieurs reprises, monsieur Yamaha d’avoir si bien protégé l’hélice de ses moteurs hors bord. A quelques centimètres sous la coque rigide de notre annexe défile la plus belle des palettes de couleurs qu’un peintre puisse imaginer, troublée par le seul bruit de notre moteur que nous faisons tourner au ralenti afin de ne pas troubler la surface de l’eau. Malgré l’obscurité qui s’installe, la puissance, l’éclat et la variété de couleurs font penser à un feu d’artifice tiré d’une ville engloutie que nous survolerions.
Nous repartons de bonne heure le lendemain car il faut impérativement contourner l’île de Gubal et ses nombreux récifs pour atteindre South Quesum qui est pourtant seulement distante de quelques milles à vol d’oiseau.
Tawila et Gubal sont séparées par un large canal d’environ deux milles nautiques. En passant devant ce grand chenal qui sépare les deux îles on a du mal à s’imaginer qu’il nous faille abandonner l’idée de l’emprunter.
Les coraux sont à fleur d’eau et même les minuscules barques de pêcheurs ne s’y risquent pas. Un peu plus loin, un cargo éventré par les récifs qui encerclent la pointe de l’île de Gubal, rappelle à tous les dangers de la région.
Pour preuve, un remorqueur reste désormais en permanence sur zone pour parer à toute éventualité.
Afin de tester son niveau de stoïcisme, Agnès a entrepris de démêler la pelote de 1000 mètres que nous avons acheté en Turquie. Trop pressé d’en installer une bonne partie sur nos canes, Pacôme a réussi un magnifique sac de nœud qui attend patiemment depuis presque un mois qu’une bonne âme veuille bien s’occuper de lui. Et comme par hasard c’est
Agnès qui va résoudre le « casse-tête » Turc encore plus complexe que les vieux jacquards de la médina de Fes. Mètre après mètre elle va au final, réussir à redonner une fonction à ce qui était devenu la patate chaude du bord.
Vers midi, aussi ponctuel qu’un colis UPS ou DHL, nous prenons livraison de notre repas du soir. Un joli petit thon rouge vient de goûter l’un de nos rappalas et comme Sophie nous a promis un tartare et un carpaccio pour ce soir………. Je me précipite sur la VHF pour annoncer à Sophie qu’elle peut commencer à peler les oignons.
Nous pénétrons à allure réduite dans la barrière de corail et lorsque nous mouillons par quatre mètres de fonds entre les coraux multicolores, le temps est idyllique.
Chez les « Lumiel » c’est la panique. A l’intérieur, Sophie a tellement pelé d’oignons qu’il lui faut quitter le navire au plus vite. N’y tenant plus elle trouve son salut dans un geste héroïque, abandonnant à ses larmes complices, le reste de l’équipage.
De notre côté nous préférons nous éclipser discrètement en direction la barrière de corail.
Pendant plusieurs heures nous renouvellerons le spectacle de la veille avec en prime, le réel plaisir d’une luminosité plus favorable.
Sous l’annexe de nombreuses rascasses volantes se prélassent majestueusement entre sable et corail. Nous restons tous les trois à distance raisonnable conscient du danger qu’elles représentent. A quelques mètres et encore plus dangereux, à peine enfoui dans le sable, un petit obus intact, non explosé, témoigne des affrontements passés.
Nous préférons nous éloigner un peu pour découvrir de superbes coraux de toutes les couleurs. Des jaunes, des bleus, des rouges, dans cette eau transparente, la puissance des couleurs est renforcée et on ne se lasse pas de contempler le somptueux travail de la nature.
Après trois heures de plongée ininterrompue, Baptiste se repose sur la plage et raconte en détail à ses jeunes « fans » tout ce qu’il a pu voir dans les coraux.
Pacôme et moi rentrons à la nage vers le bateau car depuis quelques minutes une barque de pêcheurs et venue s’accoster au bateau. Agnès et Sophie sont seules à bord et nous préférons ne pas les laisser seules.
A première vue, nos quatre égyptiens n’ont que deux envies : Obtenir des cigarettes et nous vendre du poisson. Si leur première requête se solde par un échec, il n’en est pas de même pour la seconde. En ce qui concerne le poisson, nous sommes « full frigo » mais les énormes calamars qui tapissent le fond de leur barque pourraient bien nous régaler pour l’apéro du lendemain. Une rapide et amicale négociation avec leur expert comptable et nous voila en possession d’un magnifique spécimen de deux kilos et demi.
Le temps d’une pose photo pendant que l’un d’eux, en grand professionnel, nous prépare la bestiole, et c’est sous les derniers rayons de soleil que la barque s’éloigne pour passer à l’abri des récifs une nuit de repos bien méritée.
Dans le calme de la nuit qui s’installe, un dauphin nage avec grâce non loin du bateau. Il semble être seul, ce qui est assez insolite. De temps à autre nous voyons sa fine nageoire dorsale découper un bref instant la surface de l’eau, presque au ralenti, suspendue au dessus des coraux comme un point d’exclamation en ballade.
Nullement effrayé par notre présence, il tourne une dernière fois à la surface de l’eau, souffle dans son évent pour signifier son départ et s’enfonce lentement comme dans un rêve. Nous ne saurons jamais s’il chassait en solitaire ou si une autre raison l’avait éloigné d’une vie de groupe.
Le repas du soir a été en tous points conforme à la réputation de Sophie.
Trois recettes de thon vont garnir nos assiettes (friture en petits cubes – carpaccio à l’huile d’olive – tartare aux fines herbes) le tout arrosé du vin blanc égyptien de contrebande qui nous a été livré de nuit au bateau, par le gérant opportuniste d’une superette d’El Gouna. Et il faut bien reconnaître que rouge, rosé et blanc sont de belles factures. L’expression prend ici tout son sens, compte tenu du prix payé pour les obtenir !!!!
Le vent s’est très nettement renforcé et lorsque nous regagnons Umiak, après l’excellent repas à bord de Lumiel, l’anémomètre indique déjà plus de vingt nœuds. Nous savions que le vent allait monter dans les jours à venir, mais il semble qu’il ait finalement prit un peu d’avance sur le calendrier.
Dans la nuit des rafales vont souffler à plus de trente cinq nœuds et bien au chaud sous nos couettes, nous apprécions à la fois la très bonne tenue de notre ancre Spade et la stabilité de notre catamaran. A coté de nous une grosse vedette de pêche venue se réfugier pour la nuit, roule sous l’étonnant clapot qui s’est formé.
Le jour se lève sur des convois de nuages en course au dessus de l’horizon. Au loin, hors de l’abri naturel de l’île, l’écume des vagues vole à la surface de l’eau. Les trente cinq nœuds de vent sont toujours là pour nous raccompagner à la marina d’Hurghada.
Pour Pacôme, la matinée commence par une plongée au saut du lit. Les Lumiel ont perdu leur barbecue américain qui a préféré passer la nuit au fond de la lagune plutôt que de se peler la grille sur le balcon arrière.
Héros de la matinée, il remonte le précieux inox et gagne deux œufs au bacon « façon Sophie », en guise de récompense.
Le temps de récupérer notre Jacques Mayol en herbe et nous quittons sous génois l’île de South Quesum.
Sur notre chemin, une énorme plateforme pétrolière semble ne pas prêter beaucoup d’attention au vent qui s’est encore renforcé. J’essaye de me rapprocher pour la photographier d’un peu plus prés, mais comme le périmètre de sécurité est fixé à un quart de mille, j’en suis réduit à utiliser mon deux cent millimètres.
Vent par le travers, poussé seulement par notre génois, Umiak - Mantagua file à presque dix nœuds. Quel plaisir de naviguer sans gîter !!!! Bien appuyé sur ses deux coques, nous surfons sur les vagues, et quelques instants plus tard, c’est un couple de dauphins qui s’amuse à faire la course avec nous. C’est à celui qui surfera le plus longtemps et à ce jeu là, nous sommes battus à plate couture.
Pour redescendre sur Hurghada, nous avons choisi une nouvelle route qui passe à l’intérieur des îles et des récifs. La mer est censée y être moins formée et le vent en principe moins fort que dans le chenal extérieur. Les nombreux hauts fonds et petites îles sont autant de réserves naturelles ou pêcheurs et plongeurs se retrouvent, les uns pour le plaisir, les autres par nécessité. De petites barques de pêches sont venues s’abriter sous le vent d’un minuscule îlot de sable. Ballottées par les vagues elles attendent une prochaine accalmie pour reprendre du service.
Les vingt dernier milles vont s’effectuer pratiquement par vent arrière. La vitesse a diminuée d’environ deux nœuds et nous allons donc pouvoir mettre nos canes. A plus de huit nœuds, les rappalas remontent à la surface de l’eau et surfent sur les vagues. Autant dire qu’attraper un poisson dans ces conditions relève de l’exploit ou du plus pur des hasards.
Nous sommes maintenant habitués à prendre au moins un ou deux thons à chacune de nos sorties. Pour ne pas rentrer bredouille à Hurghada et subir les quolibets de la délégation Française, Pacôme a mis en place nos Rappalas oranges et blancs qui devraient mieux se voir dans cette mer formée.
La tactique s’avère payante. Le premier thon de la journée a gobé presque intégralement notre bel appât. Le tartare de ce soir est assuré !!!! Par VHF nous prévenons les Lumiel et Sophie de leur prochaine corvée d’oignons.
D’autant plus qu’une demi-heure plus tard, son petit cousin s’invite lui aussi pour le dîner.
Le frigo, qui abrite depuis deux jours une petite colonie de mérous ( chut !!!! il ne faut pas le dire !!!!) est rempli à ras bord……… Vivement que l’on débarque sur le ponton C pour partager notre pêche avec les copains.
Pour parfaire sa formation, Pacôme découpe même les filets pour le repas du soir.
Pour le plaisir nous passons à la voile devant les nombreuses atrocités hôtelières du nord de la ville. Les clients y sont parqués sur des plages privées aussi inaccessibles et bien gardées que Guantanamo. Ici tout est fait pour garder le client à l’intérieur. Bars, galeries marchandes, boites de nuit, activités diverses, clubs de plongée sont là pour vous faire fondre, non pas votre excédent de poids, mais le plastic de votre Américan Express.
Devant l’entrée un peu kitch de la marina, les pilotes de la marina nous attendent pour nous aider à l’amarrage des pendilles. Une fois de plus le crétinus de service chargé d’attacher nos aussières, va remplacer le traditionnel et efficace nœud de chaise par le persistant et inefficace nœud local : le nœud de chaîne (appelé plus couramment le nœud de gland) Le résultat ne se fait pas attendre, il doit si reprendre à trois fois pour réaliser la même prouesse et nous devrons au final aller nous même refaire l’amarrage sur l’une des pendilles.
- Calamars grillés à la plancha
- Filets de thon au basilic
- Chariot de desserts égyptiens
Le tout proposé avec vin blanc et vin rosé, à un prix défiant toute concurrence !!!!