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Agnès, Pacôme, Baptiste et Jean Jacques........ une année de liberté et de découvertes

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D'Hurghada à Suez

D’Hurghada à Suez :
 

Toute la journée nous avons attendus nos papiers de sortie de territoire pour notre bateau, documents indispensables pour sortir de la marina et quitter officiellement le sol égyptien.

Comme Suez, Ismailia et Port Saïd sont des ports « francs »  ou la douane n’intervient pas puisque le bateau reste en zone franche, il faut donc faire la sortie de territoire ici à Hurghada.

 Avec la régularité du coucou Suisse, nous mettons la pression à Francesco et à « Bad » Sheriff afin de profiter des bonnes prévisions météos pour les deux jours qui arrivent. Comme nous avons confié à Francesco notre acte de Francisation, nous sommes condamnés à attendre dans la marina alors que nous aurions pu sortir avec nos amis français, suisses et anglais qui sont tous partis pour une journée de plongée au large d’El Gouna.
 

Hier Francesco est venu au bateau nous apporter une copie de sa lettre de démission de Green Island Agency !!!! Est-ce un nouveau mensonge, une nouvelle ruse ou, je l’espère pour lui, un instant de lucidité de sa part. La naïveté de la démarche a de quoi étonner,mais au final c’est à se demander si Francesco n’est pas tout simplement un jeune chien qui vient de se rendre compte qu’il avait pactisé avec le diable. Nous ne le saurons peut-être jamais.

 

La remise des documents de sortie nous est annoncée successivement pour douze, quatorze puis seize heures. Vers dix sept heures, accompagné de Francesco, un agent vient nous demander la liste de nos équipements et appareils électroniques sur le bateau !!!!

Ne voulant pas retarder un processus qui semble se mettre en place, je lui fourni une liste informatique imprimée de l’ensemble des équipements du bateau. Le document fait bien évidement trois pages et l’homme semble dérouté par l’ampleur du document. Il explique à Francesco que je dois simplement marquer quelques matériels et il préfère une version édulcorée et minimaliste faites à la main, à mon listing précis et complet. Encore un partisan du moindre effort ou un nostalgique des scribes d’antan. Je refais donc de ma plus belle plume, une nouvelle « mini liste » sur le ravissant morceau de papier gras qu’il me donne. Une fois entre ses mains, il faut lui traduire en arabe la signification des instruments ce qui prend à nouveau une bonne demi-heure, car l’homme écrit à la vitesse des trains locaux.

 

Vers Dix huit heures nous voyons débarquer sur le ponton « C » une escadrille d’officiels qui viennent contrôler si le bateau correspond bien aux papiers en leur possession. Dans un belle pagaille, digne d’une partie de ballon prisonnier dans un poulailler, les dix volailles et leur coq hautain (le vin est proscrit en égypte) constatent de visu que le catamaran Umiak est bien celui mentionné sur l’acte de Francisation, il n’en fallait pas moins pour éviter tout risque d’erreur.

Pas de visite à l’intérieur comme c’est en principe la règle, ces messieurs préfèrent vérifier à distance et ne pas risquer un pied voir deux sur notre étroite passerelle en bois. Le coq de la bande ouvre un volumineux dossier qui doit contenir les archives des dix dernières années et fait mine de compulser, on ne sait quel document !!!!

 

Encore quelques minutes de palabres incompréhensibles, le coq consulte son coucou égyptien. L’heure de la délivrance va-t-elle enfin sonner ? 

Et si le coq aimait une pendule ???

Comme le chantait si bien Nougaro allions nous assister à cette union impossible avec le coucou d’Hurghada ???

Cruelle désillusion, le coucou reste muet, insensible aux chants de nos nombreux partisans sur le ponton « C » et se refuse à nous vocaliser sa version du chant du départ. Nous allons devoir encore attendre que le vilain coq daigne retourner dans sa ferme administrative pour apposer sur ses registres poussiéreux, non pas son blanc seing mais plutôt son blanc de poulet.

 

De notre empressement, notre coq s’en tamponne le coquillard, quelque chose le dérange sur ce bateau bizarre. Son regard plonge vers la cuisine du carré et soudain c’est l’électrochoc : le coq « pitte ».

Est-ce la vue de notre cocotte Seb qui semble lui faire dans le cerveau un mal d’hameçon ? Mû par un instinct de survie, il tourne prestement les talons suivi de la basse cour de la haute Egypte*(*voir article haute et basse Egypte) et s’en retourne sans plus d’explication dans le grand poulailler à roulettes qui leur a servi de « taxi-carosse ».

 

Cocorico………….Il est plus de vingt heures et il fait nuit noire, lorsque Francesco vient nous remettre en personne notre permis de sortie. Cette fois le coq aimait une pendule !!!!

 

Patricia, Christine, Jean Claude et Jean Philippe ont abandonné leurs rouleaux de printemps hivernés dans le congélateur du restaurant vietnamien qui fait la chasse au client sur le quai central. Tous les quatre nous aident à larguer les amarres et c’est avec quelques regrets de ne pouvoir rester plus longtemps dans ce paradis du snorkeling en compagnie d’une bien agréable brochette de fort sympathiques « frenchies », que nous voyons peu à peu s’éloigner le ponton « C » : Ponton des gens de bonne compagnie.

 

Nous avons décidé de profiter de la clémence du temps pour remonter au plus vite le réputé « couloir de tous les dangers ».

Sa réputation n’est plus à faire dans le sens de la remontée :

-          Vents violents et imprévisibles pouvant atteindre très rapidement les trente cinq à quarante noeuds

-          Mer rapidement formée dont les vagues très courtes et hautes transforment votre bateau en masochiste « vizirette » dans le tambour d’une machine à laver

-          Courants et marées importants sur lit de hauts fonds.

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-          Omniprésence des tankers, plate-formes pétrolières et leur cortège de ravitailleurs qui traversent à la perpendiculaire les deux couloirs de circulation.

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-          Navigation, très souvent feux éteints ou peux visibles, des pêcheurs locaux (nous passerons par miracle à moins de dix mètres d’une barque non éclairée)

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La marée montante nous aide dans ces premières heures de navigation nocturne. Le vent est légèrement orienté sud-est mais insuffisant pour nous passer des moteurs. Habitués maintenant à emprunter cette zone de navigation entre les récifs, il nous suffit de suivre les traces enregistrées sur Maxsea et le Géonav. On a beau dire mais la navigation électronique de nuit pour vous enlever le stress c’est l’idéal  !!!!

 

Lorsque nous rejoignons les deux couloirs montants et descendants, j’opte pour une route sur la ligne extérieure remontante en souhaitant que les prévisions de vent sud-est se vérifient. Trois paires d’yeux sont accaparées par l’écran « lcd » du carré qui diffuse en continue, films et séries américaines, pendant qu’à l’extérieur je passe mon temps à surveiller le traffic, guetter les dangereux pêcheurs et régler le genaker en fonction des changements de direction de ce satané vent de mer rouge qui tourne dans tous les sens et ne cesse de faire mentir les prévisions optimistes des sites météo marines.

 

Hormis la barque de pêche, que nous aurions pu couper en deux si je n’avais pas modifié ma route au dernier moment, et quelques chalutiers qui prennent un malin plaisir à venir flirter avec la zone interdite, le trafic se fait plein centre du couloir. Toute la nuit une colonie d’énormes feux « babord » nous doublera à distance confortable.

Au petit matin le spectacle tout simplement extraordinaire. La brume a décidée de tout envelopper dans son immense étole grise. Impossible d’apercevoir la ligne d’horizon tant l’uniformité de la couleur masque tout repère. Chaque tanker ou porte container semble surgir du néant.

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Vers six heures du matin le soleil arrive tout juste à colorer légèrement ce voile immense. Une couleur légèrement rosée succède aux nuances de gris. Dans le silence glauque de cette lumière étrange, les plateformes et leurs « tubas incandescents» soufflent leur présence peu rassurante.

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Sans un souffle d’air, Umiak glisse sur ce lac d’étain, poussé par les frères Yanmar et la marée montante, salué par les avertissements lugubres des bouées sifflantes.

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Surgit de nulle part, l’escadrille  « Nike » nous gratifie de plusieurs passages en rase motte devant le bateau.

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Les premières rencontres de la matinée réchauffent un peu cette atmosphère inhumaine.

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Les rayons de soleil les plus coriaces parviennent péniblement à percer cette chape de plomb. Au fils des heures, l’activité invisible qui n’a cessé durant la nuit, reprend peu à peu ses véritables couleurs.

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Las de combattre cet adversaire insaisissable, le soleil abandonnera son combat en début de matinée. Tel un acteur de théâtre, désorienté, errant à la recherche des feux de la rampe, c’est dans ce décor surnaturel que nous évoluerons toute la journée.

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Nous sommes encore à plus de trente milles nautiques de Suez lorsque le dieu « Amon » nous tire sa révérence. Vexé comme un « Ra » de n’avoir pu briller de milles feux. Aussi « Tatiné » que « Tiboisé » il s’éclipse la lumière basse, pour laisser bientôt place à la pureté d’un ciel étoilé, annonciateur d’une nuit agitée.

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Vers dix heures du soir une brise de vent du nord laisse percer la clarté des premières étoiles.

A chaque nouveau point lumineux correspond un nouveau nœud de vent. A trente deux j’arrête de compter dans il est difficile maintenant de lever la tête sans risquer de prendre une bonne giclée de sérum physiologique local dans les narines.

Nous étions prévenus, la mer rouge sait vous réserver de vilaines surprises.

La mer se forme de plus en plus et j’apprécie au plus haut point l’emplacement du poste de pilotage bien abrité dans le cockpit sur le Lavezzy 40, en comparaison avec de nombreux catamaran dont les postes de pilotages se trouvent à l’arrière sur chaque coque.

J’ai en cet instant une pensée émue pour tous ceux qui doivent assurer des quarts dans des creux de plus de trois mètres, vent de face avec pour seule protection la barre à roue qu’il convient de ne pas lâcher un instant. Dans ces moments là, le cockpit du Lavezzy c’est le confort et la sécurité en prime.

Pour lutter contre le vent qui ne cesse de forcer et les vagues de plus en plus hautes et de plus en plus courtes, je modifie légèrement ma route afin de conserver un léger angle d’attaque. Umiak et les frères Yanmar sont bien décidés à ne pas se laisser dominer par cet adversaire de dernière minute. Chaque nouveau mille gagné est arraché avec la délectation du devoir accompli.

Il nous reste encore plus de quatre heures de route pour rallier Suez. Sur Bâbord, le cortège des gros navires s’est rapproché, indifférent à notre lente progression. Le golfe se rétréci fortement dans quelques milles, créant un effet « venturi » dévastateur lorsque le vent souffle à son maximum dans cet étroit passage. Lumiel, plus rapide que nous au moteur est déjà passé depuis plusieurs heures, évitant ainsi les plus grosses rafales et une mer très formée.

De nombreux bateaux ont du ici rebrousser chemin lorsque le vent est à son maximum.

Heureusement pour nous, en cette dernière soirée de mer rouge, Eole sera relativement clément et avec trente deux nœuds de vent, nous en resterons au stade du simple hors d’œuvres. Bien nous en a prit de ne pas nous arrêter dans la Marsa Thelemet pour y passer la nuit. Ici lorsque les conditions sont clémentes il faut à tout prix faire route, sous peine de sanctions à retardement.

Nous avions décidé avec Stéphane d’effectuer une remontée « non stop » et même si au bout de trente heures de veille ininterrompu je commence à accuser la fatigue, je me félicite d’avoir choisi cette option, car les jours suivants le vent ne capitulera pas.

 

Lorsque les premières lumières du chenal d’entrée dans le canal me confirment la bonne trajectoire, et en tout bien tout honneur, j’ai droit à un dernier plaisir solitaire : Le slalom entre les tankers ancrés dans les deux zones d’attente. Pour gagner quelques milles Umiak se faufile avec agilité entre ces immenses murs d’acier, éclairé de temps en temps par les énormes projecteurs des dernières pilotines qui regagnent la marina, interloquées de notre présence dans un tel labyrinthe à une heure si tardive sans assistance d’un pilote officiel.

 
Au revoir, Mer Rouge………

Il est une heure du matin quand nous pouvons enfin nous amarrer à couple de Lumiel sur le ponton de la marina.

En seulement quelques heures, la mer rouge s’est chargée de nous procurer l’un des sommeils les plus rapides depuis notre départ en Septembre de Port Napoléon !!!!

 
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