LA MARINA DE FINIKE

Les locataires du ponton "C"
Le bateau des schtroumfs :
Bien à l’abri sous leur champignon de toile blanche de trois mètres carrés, une adorable famille turque a décidé d’évoluer dans l’infiniment petit. La maîtrise de l’espace a été parfaitement étudiée et appliquée.

Tout à l’intérieur de ce champignon flottant a du être acheté chez « Toys R Us » au rayon « Mattel : Electroménager - équipement dînette ».
L'intérieur de schtroumfland:

Qu’il s’agisse de la table, des chaises, de la cafetière et même du téléviseur, ici tout est au format « polly pocket ».
A bien y réfléchir ce pourrait être le Yacht de « Mimie Mathy ».
J’ai pour idée que les propriétaires ont du dans leur jeunesse être fasciné par la lecture du voyage de Gulliver et de ses aventures à Lilliput. Au fond n’est ce pas un fabuleux rêve d’enfant qui les a conduit à régner aujourd’hui sur leur minuscule royaume.
N’est-il pas plus bel univers que celui qu’ils ont su se construire au fil du temps sur ces quelques milliers de millimètres carrés de bonheur.
Leur simplicité et leur joie de vivre illuminent l’entrée du ponton C et font plaisir à voir. Le sourire discret mais radieux de Madame Gulliver et un cadeau quotidien pour ceux qui ont la chance de croiser son regard.
Tant de gentillesse et de discrétion sont une leçon d’humilité pour nous, les possesseurs de grosses unités ou les problèmes à gérer sont inversement proportionnel à l’univers serein de nos sympathiques voisins.
La panzer division :
Lorsque nous nous sommes amarrés à la droite de ce qui nous est apparu comme l’expression maritime de l’art ferronnier d’Outre Rhin, nous étions à cents bottes et à sept lieux d’imaginer l’activité souterraine qui régnait dans ces vingt tonnes d’acier détrempé par l’humidité et la rosée matinale. Comme dans le bunker de la série Lost, il se passait à l’intérieur de drôles de choses. Nos grands parents nous ont apprit à nous méfier des mélodies en sous sol teutonnes, et le va et vient incessant du commandant de la base et de son Pitbull à deux pattes n’était pas de nature à nous rassurer.
De jour comme de nuit, les bruits les plus étranges s’échappaient par les nombreuses cheminées habillées en costume d’hiver comme pour en étouffer et camoufler l’intensité.

L’histoire nous a appris qu’il fallait mieux éviter la fréquentation des lieux hautement pourvus en cheminées et bouches d’aérations. Par acquis de conscience je verifiais donc à l’aide de notre compteur Geiger la possible radioactivité de la zone.
Aussi déconfit que Don Camillo devant un plat de pâtes vide ou que son ami l’Abbé Querelle devant son cher mobile, je devais bien me rendre à l’évidence, activité oh que oui, mais radio que néni mon fils.
Mais alors que pouvait-il bien se passer à bord ?
- Des bruits de tronçonneuses, disqueuses et autres coups de marteaux de nature à effrayer le plus résistant des FFI, signifiait-ils la construction d’une nouvelle ligne imaginaire ? Car ce n’était certainement pas le « remaque » de la grande évasion que l’on percevait du tréfonds de ce presque « U Boat ».
- Les « allé venu » du servile Pitbull et de ses chariots chargés de panneaux de bois signifiaient-ils la reconstruction des baraquements trop vétustes à leurs yeux ? Comment une telle quantité de bois pouvaient-elle se trouver à l’intérieur et à quoi servait-il de les sortir pour les rentrer à nouveau quelques minutes plus tard ?
Ces questions resteront sans réponse car jusqu’à notre départ, la symphonie Bosch n’aura de cesse de nous faire regretter les compositions du divin Ludwig.
La Marie Rose :
Il y a quelques années une célèbre marque vantait les mérites de sa pharmacopée en proclamant à qui voulait bien l’entendre : Marie Rose, la mort parfumée des poux.
Ce slogan hautement philosophique s’adapte presque parfaitement au « Sibéria », goulag métallique aussi glacial que le sourire de Rose sa propriétaire malgré les nombreux panneaux solaires installés pour réchauffer l’atmosphère (mais avait-elle vraiment une gueule d’atmosphère ?)

Il faut avant toute chose, apporter un correctif orthographique, car dans le cas pathologique qui nous préoccupe, il convient de dire : « la mort parfumée de l’époux ».
Ce slogan doit être bien évidement interprété au second degré, car c’est seulement la vie de couple qui a été gazée et enterrée par la puissance de cet aérosol longiligne, au regard aussi chaleureux que celui de la célèbre « Folcoche ».
Pas plus qu’un saint homme qui portait lui aussi sa croix, le mari n’y a résisté. Les épines qui ont du lui servir également de couvre chef pendant des années ont eu raisons de sa patience, et dans un éclair de lucidité le brave homme a décidé de quitter le navire et son aérosol conjugal pour sauter de joie dans le premier aéronef.
C’est depuis cette date que Rose arpente en solitaire les pontons de la marina à la recherche d’un éventuel candidat à la chambre à gaz version cabine propriétaire.
Si le cœur vous en dit le bateau et à vendre. Le « brooker » chargé de la transaction vous rajoute en bonus, la rose et ses épines.
Le sous marin Russe :
Juste en face de la « Panzer division », comme au plus belles heures de la glorieuse armée bolchevique, veille une arme de combat redoutable et elle aussi mystérieuse.
Une sorte de version siamoise des frères Koursk !!!!
L’original :
La copie :
L’étude attentive de ces deux boites de conserves, reliées par un filet à provisions capable de contenir le rayon vodka d’un hypermarché Turc, laisse perplexe.
S’agit –il réellement d’une arme de dissuasion plus que massive ???
Le directeur local de la DGSE en la personne de Mr M, a fini par nous livrer (non pas sous le sceau du secret mais sous le seau du champagne) quelques secrets militaires sur les missions nocturnes du petit bataillon de pochtrons bolcheviques qui se retrouvent le week-end pour fêter comme il se doit la libération sexuelle des poupées russes.
Ce n’est pas à proprement parler une arme de dissuasion mais plutôt comment dire, une arme de digestion. En effet ce camouflage guerrier grossier dissimule en réalité l’entrée (et la sortie sur l’autre coque) d’une double boite de nuit ou la seule boisson autorisée et la vodka Russe Stolichnaya Elit, dont la forme en rappelle étrangement les coques du dit navire.

Les sorties nocturnes de cette joyeuse bande de fêtards ont encore de belles heures devant elles. Le niveau de la ligne de flottaison témoigne du trésor de guerre contenu dans les cales.
Si l’envie vous prenait de venir courtiser la Rose sur le ponton C, je vous conseille en premier lieu de vous arrêter à la taverne des frères Koursk, ils seront de nature à vous faire changer d’avis et vous dégoter une véritable poupée glacée à déglacer.
Miss Cat-way :
La grande classe tout simplement!!!
Histoire peu banale de celle de ce petit bout d’Angleterre qui perd son mari lors d’un naufrage commun au large de la Nouvelle Zélande et qui décide peu de temps après de racheter un nouveau bateau pour le ramener en solo vers la Turquie et plus précisément à Finike.

Trich, partage désormais son bateau avec nouveau compagnon, un ravissant petit chaton d’à peine quelques mois et qui a très vite compris qu’il valait mieux dormir sur un canapé anglais que sur le dur béton de la marina.
A presque quatre vingt deux ans, Trich continue d’animer inlassablement les cours de gymnastiques de la marina. C’est elle aussi qui la plus part du temps prend l’initiative d’organiser des sorties pour tout ce petit monde cosmopolite.
Lors des nombreuses soirées entre « voileux » de tous horizons, elle rayonne par sa seule présence et son sourire a la douceur du miel de Finike.
Monsieur « M » :
Quelle impudence de ma part d’imaginer un seul instant pouvoir « croquer » un tel personnage en quelques lignes. Aussi coriace et insaisissable que les vieux mérous bien à l’abri au fond de leurs repaires et que seul les plus courageux ont eu la chance d’apercevoir, il n’est pas facile à appréhender l’animal. Toujours en mouvement dans son pré carré, il passe dans un silence presque monacal, du ciseau à bois, à la perceuse en passant par le pinceau et la queue de rat. Le tout, rythmé par la cadence infernale des Marlboro qui s’allument en même temps que le feu vert interne de notre génial quinquagénaire et qui annonce, non pas l’arrivée de l’orient express, mais celle d’une nouvelle invention.
Comment une pareille tête de mule bretonne, élevée à la dure école aveyronnaise ou il est de bon aloi de prendre le temps de la maturation, peut elle supporter sans maux de tête permanent ce stroboscope qui crépite à l’intérieur de cette hirsute boite à idée ?
C’est sous le regard toujours émerveillé et amusé de Marie, qui après quarante trois ans de vie commune ne se lasse pas de vivre avec celui qui entre autre sublimes réalisations a certainement réalisé sans le savoir la plus belle : l’âme de la marina de Finike.

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Vous l’aurez bien compris, tout cela n’est que fiction et pur produit de mon imagination quelque peu chahutée ces derniers temps par les aléas climatiques:
-La famille des schtroumpfs ne vit pas toute l’année dans trois mètres carrés.
- Nos voisins allemands ont été d’une ingéniosité incroyable pour éviter toute nuisance pendant
toute la durée de leurs travaux de réparations.
- Les fêtards Russes auront malheureusement brillés par leur absence.
- Miss Catway est réellement une grande dame « so british ».
- Michel quand a lui est tel que je l’ai décrit : Un dur à cuire tel que je les aime !!!
Vous l'aurez compris, Rose est la plus délicieuse des épouses qui attend patiemment son mari de retour d’écosse.
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Le ponton C n’est pas le seul à accueillir des personnages dignes des meilleurs récits d’aventure. Il me faudra plus de temps pour vous faire partager notre plaisir d’avoir pu les côtoyer lors de notre trop court séjour à Finike.
- Pierre, Christine et leur adorable Carole : si proches de notre façon de voyager
- Jean Jacques et Françoise: baroudeurs à l’inaltérable soif de découverte et de culture
- Pierre et Louisette: merveilleux conteurs aux accents québécois si agréables à écouter
- Michel et Jannik: les deux artistes du si douillet petit ketch « Aquarellia » avec qui nous avons passé des moments délicieux à partager en plus du pop corn, notre amour commun de la peinture et notre nouvelle passion pour le jeu du « Okey ».

Mais c’est promis, ce n’est que partie remise, car comme dit le proverbe (et encore) il n’y a que les montagnes qui ne se rencontrent pas et nous croiserons j’en suis certain à nouveau la route d’au moins l’un d’entre eux.
C’est en tout cas l’un des vœux que nous formulons pour cette nouvelle année.